octobre 27, 2021

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*Jovenel Moïse : un président déclaré persona non grata!*

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Mardi 15 octobre 2019 – Haïti continue de s’enfoncer dans la crise. Pour la cinquième semaine consécutive, toutes les activités ou presque, sont toujours paralysées dans les principales villes du pays. Les pouvoirs publics continuent d’être dysfonctionnels, inopérants, voire inexistants. Malgré une répression policière musclée exercée contre la population, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Au contraire, elle prend plus d’ampleur ces derniers jours. Les manifestations de rue attirent de plus en plus de monde. Et l’objectif ne change pas: Jovenel Moise doit démissionner.
La contestation a atteint une telle intensité que même les secteurs jusque-là très conservateurs et très réticents, ont lâché le président Jovenel Moïse. En effet, les églises protestantes et catholiques, les vodouïsants, le secteur des affaires, la société civile, des intellectuels, des artistes dont certains déjeunaient avec lui, il y a quelques mois au Palais National, ont tourné le dos à Jovenel Moïse…

Devenu l’ombre de lui-même et de plus en plus isolé, Jovenel Moïse qui ne dirige rien depuis quelques temps, est aujourd’hui comme un animal traqué, un pestiféré qui n’attire que le Core Group, sorte de syndicats d’ambassadeurs faisant fi du malheur du peuple haïtien, et quelques rares alliés qui se résignent à périr avec lui soit par naïveté politique, soit par incrédulité ou par intérêt.
Coincé et cerné de toutes parts dans un pays totalement barricadé par un soulèvement populaire, Jovenel Moïse vit déjà son pouvoir au passé. Mais il y a pire. N’ayant aucune autorité ni emprise réelle sur le peuple, rejeté et détesté, Jovenel Moïse est un président fantôme, un fantoche qui est déclaré persona non grata dans son propre pays. Tout ce ce que lui et sa bande contrôlent encore, c’est le trésor public.

Ils y accèdent et s’en servent comme bon leur semble.
Face à la détermination de la population d’intensifier la mobilisation, Jovenel Moïse qui se croit malin développe sa propre tactique-une tactique dépassée et qui ne marche plus. Il se tait et se  cache. Il évite tout contact direct avec la population. Il évite toute apparition publique. Il se tient loin, très loin du peuple qu’il prétend diriger. Du jamais vu! Le peuple est-il devenu brusquement son principal ennemi ou est-il devenu l’ennemi public numéro 1?
Cela lui a valu des moqueries. Il est désormais considéré au niveau du public et sur les réseaux sociaux, comme un rat épuisé par le poids de la fatigue qui vit retranché dans un trou à l’abri de tout regard indiscret. Il ne sort de son trou que rarement et sous forte escorte. D’ailleurs sa sécurité a été plus que renforcée ces derniers jours.

Quand le président sort de sa cachette et fait une adresse à la nation pour tenter de reprendre la main, ça ne fait qu’exacerber la colère populaire et radicaliser la position de l’opposition formelle. Il n’a pas la formule ni la recette qui pourrait faire bouger l’opposition. Ses adversaires l’accusent de mentir instinctivement.
Au-delà de Jovenel Moïse, c’est tout le régime du PHTK qui est en panne d’inspiration et dans l’incapacité à innover et à faire mieux. Il  n’a plus rien à proposer et ne jouit d’aucune confiance de la population. Il a déjà trop promu sans rien accomplir. Il ne s’est même pas compati aux douleurs et aux souffrances de ceux qui tombent sous les balles de policiers phtkistes lors des dernières manifestations.

Jovenel Moïse est condamné soit à rendre le pouvoir avant qu’il ne soit trop tard, soit à verser dans la répression aveugle contre ses opposants pour se maintenir au pouvoir. Se maintenir par la force et en continuant de faire couler le sang d’innocents, risque de tout chambouler de manière précipitée.
Jusqu’ici, la démission est un cadeau qui lui est offert sur un plateau d’argent. Il viendra un moment où même la démission ne sera plus une option viable pour Jovenel Moïse. Plus il fait passer le temps, plus la sortie sera difficile, d’autant que, parallèlement aux gens qui sont tués dans les manifestations anti-gouvernementales, une crise humanitaire se profile à l’horizon. Autrement dit, il ne pourra pas tenir.
Il a beau créer de commissions de dialogue et lancer d’appels au dialogue, mais tout ça reste lettre morte.

Il a perdu tout pouvoir de convocation et souffre d’un grave déficit de légitimité et de crédibilité. Il a déjà roulé certains de ses interlocuteurs dans la farine. Même les partis réputés “modérés”, se sont radicalisés et ne jurent que par sa démission immédiate et sans condition.
Élu avec moins de six-cent mille voix aux élections contestées de 2016 par ses adversaires politiques, Jovenel Moïse qui a pris ses fonctions depuis le 7 Février 2017, n’a jamais eu véritablement ni soutien ni assise populaire. Il n’a jamais eu de légitimité populaire et ne s’est construit une base politique.

Ses partisans, réels ou supposés, ne lui manifestent leur soutien qu’à travers certains médias et sur les réseaux sociaux. “Les supporteurs” de Jovenel Moïse n’osent pas manifester dans les rues, leur soutien à leur poulain. N’est-ce pas bizarre? Même son mentor, Michel Martelly n’a pas pris le risque d’organiser une manifestation de soutien à celui qu’il a placé au Palais National pour favoriser son retour au pouvoir en 2022.
En clair, les soutiens à Jovenel Moïse se raréfient. Il ne peut compter désormais que sur ceux qui ont misé gros dans la fabrication de sa candidature et de son élection dans les conditions que l’on sait et sur une frange puissante de l’internationale.

Cependant, cette frange de l’internationale qui s’est regroupée en véritable syndicat d’ambassadeurs au sein du Core Group, est décriée et mise sur la sellette pour avoir pactisé avec le régime du PHTK et fermé les yeux sur les exactions, crimes financiers et de sang qu’il a commis. L’internationale est donc priée de se tenir à l’écart des affaires internes du pays et de se taire si elle n’a rien de positif à dire en faveur du peuple haïtien.

Même avec le soutien international, l’étau se resserre sur Jovenel Moïse ses rares partisans zélés. Les récentes manifestations anti-gouvernementales ont été entachées de brutalités policières. Des morts et des blessés ont été dénombrés en province et dans la capitale. La liste des victimes a été dressée et mises à jour constamment.

Toutes les victimes ont été documentées et un dossier complet a été constitué afin de porter plainte contre les auteurs de ces crimes commis sur une population civile non armée qui manifestent dans le cadre de l’exercice de leurs droits constitutionnels.
Pourquoi Jovenel Moïse refuse-t-il de démissionner?
On s’étonne de voir que le président veut encore s’accrocher au pouvoir même sans soutien réel de la population et des secteurs vitaux du pays. Il faut comprendre que Jovenel Moïse a peur, très peur. Et il a raison d’avoir peur. Il a fait tout ce qui était en ses pouvoirs pour s’attirer la foudre et la haine des haïtiens. Jusqu’ici, l’une de ses plus grandes réalisations, c’est d’avoir suscité un soulèvement populaire contre son pouvoir.

D’abord, il a peur d’aller en prison. Depuis plusieurs mois, l’opposition ne cesse de le presser de démissionner et de se mettre à la disposition delà justice pour son implication dans la dilapidation des fonds du programme Petrocaribe, le dossier de Dermalog, SOFIDAI etc…
Il a peur aussi pour sa sécurité personnelle, pour ceux qui ont financé, à coup de millions de dollars, sa campagne électorale et pour les bandits dits légaux du PHTK qui l’ont recruté pour devenir président afin de les protéger et auxquels il demeure loyal et fidèle.

Jovenel Moïse a surtout peur de ceux-là qui l’ont propulsé au pouvoir. La véritable menace pour lui ne viendra pas nécessairement de ses adversaires qui exigent sa démission depuis plus d’un an, mais de son cercle rapproché, ceux qui le côtoient et qui ont accès à lui, même à sa vie privée. Et c’est là que se situe toute la difficulté du président qui continue de percevoir son salaire et ses privilèges mirobolants indûment.
S’il démissionne, et il n’a pas de meilleurs choix, ça risque de mettre en péril la vie et les biens, dans certains cas mal acquis, toute la meute qui se sert de lui depuis bientôt trois ans pour la sauvegarde de leurs seuls intérêts et privilèges.

A ce niveau, Mr. Moïse n’est pas certain du sort que pourraient lui réserver ses bienfaiteurs; d’autant que ceux-ci ne reconnaîtront certainement pas qu’ils ont contribué ruiné sa présidence et causé beaucoup de malheur au pays. Peu importe la situation, Jovenel Moïse doit tout de même se rappeler qu’un président, ça ne se cache pas, ça dirige. Quand on ne peut pas diriger et qu’en plus on est obligé de se cacher, il est mieux de se retirer à temps pour éviter l’humiliation ultime et de s’exposer dangereusement à la colère populaire.

Francklyn B Geffrard
15 Octobre 2019