octobre 25, 2021

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*Daly Valet : Enjeux post-Tèt Kale ! Aujourd’hui, la prise du pouvoir doit être pensée au-delà même de cette prise du pouvoir. Que veut-on en faire ? Quels sont, en agenda, les projets porteurs à même de faire naître la nouvelle société d’opportunités égales pour tous ?

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Je répète : le pays vit une révolution. La gestion post-Tèt Kale du pouvoir s’organisera autour du leadership politique résiduel de la génération post-86 et du leadership politique émergent et jeune de la génération des petrochallengers. La cohabitation ne sera pas aisée. Les suspicions mutuelles la rendront explosive voire improductive et inefficace.

La confrontation, tantôt ouverte et tantôt camouflée entre l’utopisme révolutionnaire des jeunes loups et le conservatisme tempéré ou coriace des vieux lions, compliquerait l’œuvre de refondation nationale. Un vrai défi qui exige que des passerelles intergénérationnelles de communication soient instituées pour une transition apaisée et réussie.

On a vu en 1986 que la cohabitation s’est révélée quasi-imposssible entre les nouvelles élites révolutionnaires et les tenants même modérés de l’ancien régime. L’échec de la transition post-duvalier vers une société démocratique, prospère et stable est essentiellement dû à l’incapacité des élites de l’époque à penser la société démocratique voulue dans le dialogue et le dépassement. Les exemples chilien et dominicain prouvent que leurs élites sont en avance sur les nôtres.

Aujourd’hui, la prise du pouvoir doit être pensée au-delà même de cette prise du pouvoir. Que veut-on en faire ? Quels sont, en agenda, les projets porteurs à même de faire naître la nouvelle société d’opportunités égales pour tous ? Et le peuple avec ses misères et ses espérances pluriséculaires ?

Dumarsais Estimé a été porté au pouvoir en 1946 à la faveur d’une révolution porteuse de revendications sociales qui faisaient écho à la fameuse interrogation de Dessalines :  » Et les pauvres noirs dont leurs pères sont restés en Afrique ? «

Cette révolution à connotation coloriste a surtout profité aux élites urbaines éduquées. Le peuple des bas-fonds et les ruraux en ont été les laissés-pour-compte. Le projet « noiriste  » visait surtout à donner aux élites noires leur place sous le soleil. Estimé en était plus que conscient. Il s’est embarqué dans de grands travaux d’infrastructure à l’échelle nationale, lesquels projetaient Haiti dans la modernité.

Cependant les demandes sociales médiates et immédiates des masses n’ont pas été satisfaites. La posture revancharde de Duvalier ( ex-ministre de Estimé), après le règne révisionniste de Magloire, a pour racine cette frustration par rapport aux ratés de la révolution de 46. Duvalier lui-même n’a pu délivrer non plus. Au crépuscule de sa vie, il l’a reconnu :  » mon pouvoir n’a pas été ce que j’avais projeté. «

Haïti risque de s’enliser dans une dynamique d’éternelles révolutions si les pouvoirs issus des grands mouvements sociaux, comme celui actuel mené par les petrochallengers, échouent à transformer qualitativement les conditions d’existence du plus grand nombre et à sortir les masses de l’infrahumanité.

Daly Valet

Vendredi 1er novembre 2019