octobre 23, 2021

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Radio Télé Zénith : le gouvernement accuse et condamne, Rony Colin évoque un danger planant sur la vie des journalistes

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Le gouvernement haïtien a publié une note sur sa page Facebook, le mercredi 6 novembre 2019,  pour « condamner avec fermeté le comportement irresponsable et incendiaire de radio télé Zénith dans la crise actuelle ». L’administration en place évoque une pratique délinquante qui n’a rien à voir avec une presse responsable et invite les associations de presse, les responsables des droits humains à sortir de leur réserve pour mettre en examen et en toute objectivité. Pour sa part, Rony Colin, le pdg de cette station, évoque une tentative désespérée du gouvernement de museler la RTZ et dénonce des menaces et exactions dont font l’objet ses journalistes de la part des dirigeants et partisans zélés du pouvoir qui les considèrent comme leurs pires ennemis.

« Certains d’entre eux (les journalistes) sont même agressés physiquement, d’autres verbalement. Leur vie, celle de nos employés  ainsi que celle de leur famille sont en danger face à ces menaces récurrentes…», s’inquiète le pdg Rony Colin, également maire de la commune de Croix-des-Bouquets. Le responsable révèle que la radio télé Zénith a été toujours été prise pour cible par le pouvoir en place, dès le début des manifestations en série organisées dans le pays pour exiger la démission de Jovenel Moïse du Palais national.

Plusieurs démarches ont donc été entrepris en ce sens. Le numéro un de l’institution médiatique avait même adressé une correspondance au responsable du bureau d’Amérique de  Reporters sans frontières (RSF), Emmanuel Colombié, en date du 21 octobre  2019. Dans cette correspondance, il est fait mention que des « individus lourdement armés, escortés de plusieurs véhicules, ont attaqué directement les locaux la Radio télé Zénith ». Selon la lettre, la vie des journalistes et celle des employés de la station sont mises en danger, étant donné les tentatives d’agression et d’assassinat enregistrées.

Par ailleurs, le fonctionnement de cette station qui oriente et assume expressément sa ligne éditoriale contre le pouvoir en place semble préoccuper le gouvernement qui, dans sa dernière note, dit condamner avec fermeté le « comportement irresponsable et incendiaire de radio Zénith dans la crise actuelle ». Le gouvernement évoque des « incidents graves, violents et révélateurs d’une nouvelle tendance en cours dans le pays où des civils lourdement armés s’attaquent  à des patrouilles de la PNH ». Il souligne le cas de carrefour Marassa, où dans l’après-midi du mardi 5 novembre 2019, des individus armés non identifiés, dissimulés sur le toit des maisons environnantes, ont attaqué plusieurs agents de différentes unités de la Police nationale d’Haïti, au moment où ces derniers étaient venus prêter main forte à des employés du ministère des Travaux publics, Transport et Communication (MTPTC), du Service national de gestion de résidus solides (SNGRS) et du Centre national des équipements (CNE) qui tentaient de débloquer et dégager des barricades érigées dans plusieurs artères de la région métropolitaine.

Selon le gouvernement, ces incidents résultent entre autres de « l’incitation à la violence et à la lutte armée prônée largement par la radio Zénith qui a ouvertement pris fait et cause pour les bandits en les indiquant, par la voie des ondes, l’emplacement des agents de la police, tout en suggérant le sort à réserver à ces derniers. Cette attitude est indigne d’une station de radio responsable et, quels que soient les motifs évoqués, doit être condamnée », précise la note du gouvernement, qui a invité les associations de presse, les responsables des droits humains à sortir de leur réserve pour mettre en examen et en toute objectivité le comportement de la station.

« …On essaie de faire croire que ce sont nos journalistes qui ont incité la population à la violence et à la haine contre les policiers qui avaient tenté d’enlever les barricades. Pourtant, les journalistes ne font que leur travail de manière professionnelle », rétorque Rony Colin.

Pour sa part, le Conseil national des télécommunications (CONATEL), autorité de régulation en matière de télécommunications, dit constater, dans une note publiée le vendredi 8 novembre 2019, que des « stations de radiodiffusion utilisent la communication radiophonique pour inciter à la violence, à la haine et au rejet du vivre-ensemble ». « Il en est résulté des réalités nocives pour la paix sociale, des infractions et des crimes punis par le Code pénal », explique le DG de l’institution, Léon Jean Marie Guillaume. Ce dernier dit enjoindre les opérateurs radiophoniques de, notamment, « cesser toute incitation à la violence et à la haine, crime sanctionné par le code pénal, démarche incompatible avec les valeurs et les principes fondamentaux de notre nation ».

En réaction, le pdj de radio Zénith a soutenu que « la note du gouvernement est une menace pour la presse en général et pour Radio télé Zénith en particulier. C’est une tentative désespérée du gouvernement de museler la RTZ notamment. Le pouvoir en place nous en veut pour notre positionnement idéologique. Il est on ne peut plus clair. Cette note s’inscrit dans la lignée des exactions et des menaces dont font l’objet les locaux de notre station ainsi que nos journalistes depuis un certain temps ».

Pour Rony Colin, la note du gouvernement et celle du CONATEL sont purement et simplement une menace à la liberté de la presse et d’expression. « Ces deux notes doivent être dénoncées par toute la presse et forces vives de la société. Le temps de la « baboukèt » est révolu », a-t-il poursuivi

 Le Nouvelliste