octobre 25, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

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 Médecin guéris-toi, toi-même » voilà l’adage qui peut, le mieux, résumer la situation de la presse haïtienne en ce temps riche en mouvement de protestations, souvent émaillés de violences.

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 En effet, loin des caméras, des déclarations et des notes émanant des responsables d’hôtels et d’entreprises privées annonçant leur fermeture comme pour annoncer des jours sombres pour le pays, la presse haïtienne, dans le silence le plus complet s’agonise sous le poids du « peyi lòk » et de ses conséquences financières. Grande gueule quand il faut parler des difficultés des autres secteurs. Langue de bois quand il faut parler de soi-même. La plupart des médias haïtiens sont en perte de puissance. Certains se résolvent à fermer leurs portes en catimini et d’autres, en mettant des journalistes « en disponibilité ».

Par Samuel Céliné

Les journalistes haïtiens font eux aussi les frais des violences qui accompagnent souvent les mouvements de protestations initiés par l’opposition réclamant la démission du président Jovenel Moïse du pouvoir. A entendre les animateurs des émissions politiques, les présentateurs des éditions de nouvelles, les reporters et les correspondants avec leurs « flash » en directe dans des manifestations de rues ou à lire les articles de presse, on pourrait pourtant vite conclure le contraire.

Et pourtant derrière ce masque de liberté ou d’autosuffisance, le poids de la crise presse si bien les médias que certains compressent carrément. Ici, radios, télévisions, journaux et agences en ligne n’ont pas deux choix : « Compresser l’équipe si l’on veut rester en vie ». Dans cette logique, des dizaines de journalistes sont déjà, au nom de la « mise en disponibilité » partis pour le chômage doré en gardant l’espoir de revenir, « si la situation économique du pays s’améliore » comme c’est souvent mentionné par les directions des médias victimes de la crise.

C’est le cas par exemple de certains employés du Journal Le Nouvelliste qui le 4 novembre dernier, en lieu et place de l’habituel appel à prendre part à la réunion de rédaction, ont reçu un appel bien surprenant leur apprenant que “compte tenu de la situation difficile que connait le pays et qui affecte négativement les revenus du Journal”, la direction se voit dans l’obligation de les mettre en disponibilité. Foutu. Pas moins d’une quinzaine d’employés sont touchés par cette décision qui pousse un septuagénaire, travaillant depuis des lustres au plus ancien quotidien du pays à s’exclamer : «  Menm sou anbago, Le Nouvelliste pa t janm twouve l nan yon sitiyasyon pou l te oblije mete moun an disponibilite ». Mais ici, le jeu force à couper. Il en est de la survie de l’institution.

Si Le Nouvelliste, du haut de ses 121 ans souffre ainsi de la crise, que dire de son principal concurrent, le journal Le National ? Très prometteur lors de ses premières parutions, l’institution qui a voulu équilibrer le marché de la presse écrite en Haïti après la fermeture du journal Le Matin est déjà sous ses dents. Là-bas, pas de révocation ni de mise en disponibilité jusqu’à date selon un employé qui dévoile toutefois que le journal peine à répondre à ses obligations de fin de mois. Conséquence : « les employés sont déjà au quatrième mois sans percevoir leurs salaires ».

Quant à « Challenge Magazine », elle a longtemps réalisé la nécessité d’abandonner le challenge et jette l’éponge en avril 2019 toujours à cause de la situation économique provoquée alors par la première vague de « peyi lòk ».

La situation n’est pas moins catastrophique pour la radio et la télévision. A Radio Métropole, la crise laisse son empreinte en poussant les responsables à réduire de 30% le salaire des employés. A cela, il faut mentionner la révocation d’un employé et la mise en disponibilité d’un journaliste trainant 10 ans de carrière au sein de l’institution.

Plus haut, à Pétion-ville, les
Via Loop News/Harry Espoir Michel
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