octobre 28, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

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 » Et si on parlait religion » 

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Aujourd’hui est samedi et demain dimanche, jours fatidiques pour le syncrétisme religieux ayisyen, c’est-à-dire pour vivre la foi. Et si on parlait religion!

La religion en Ayiti, toutes les dénominations et confessions confondues, se veut de remplir le vide institutionnel, organisationnel, de gestion et d’administration laissé par l’État. Sous fond d’ignorance, de désespoir, de manipulation, d’escroquerie, d’imposture, voire d’humiliation la population trouve refuge en elle.
Ainsi, pour le malheur de la société elle s’érige, plus qu’en une interface de prière, de méditation et de communion, mais plutôt en école, hôpital, tribunal, banque, ambassade, agent social, en facteur de conditionnement du sous-développement, et même en théâtre ou espace de récréation ou de divertissement où les gens se régalent, pour mention ne faire que ça. Car, la nature a horreur du vide. La faillite de l’État ayisyen a donné pieds à des phénomènes cruciaux de dysfonctionnement et de rupture du tissu social que personne ne saurait imaginer et dont nous sommes tous en train de payer les conséquences, sans même le savoir.
Comme phénomène social et spirituel on ne peut rien avoir contre la religion en ce sens qu’elle relève de la liberté individuelle de chaque citoyen et ne menace en aucun sens le bon fonctionnement de la vie dans la Cité tout en servant de relais à l’État dans les domaines ne relevant aucunement de sa compétence, comme la croyance et la foi se donnant en conséquence pour mission l’incitation de la population à la morale et à la vertu. Au final, la problématique de supplémentation de des structures et appareils étatiques par la religion en Ayiti, et je réitère, toutes dénominations et confessions confondues, tend à handicaper notre société, non pas parce qu’elle soit bonne ou mauvaise en soi, mais tout simplement par l’usage qu’on en fait et surtout en raison du vide laissé par la démission, la délinquance et le manque de foi dans la compétence, l’absence d’intégrité la de la classe politique au timon des affaires de l’État, laquelle devait se convaincre elle-même  et convaincre la population de l’importance des principes du savoir-faire et le savoir-être du savoir-vivre, vivre-ensemble et de la spiritualité pour la bonne gestion de la Cité.
Car, tout comme la politique, la foi sans intelligence ni contrôle n’est que ruine de la société, si bien que sans action palpables et restauratrices les deux sont vaines. J’ai ici une paraphrase biblique par la politique interposée, n’est-ce pas ceux-là qui irions à m’accuser de blasphème et de sacrilège? Au fait mon intérêt et motivation n’ont absolument rien à voir avec une vaste campagne de diffamation ou de critique acerbe de la religion, mais plutôt d’attirer l’attention sur le rôle crucial qu’elle est appelée à jouer dans une société post esclavagiste comme la nôtre ou l’évangile n’a été parachutée et imposée par oppression et le vernaculaire, soit le vaudou, par implantation conviction et tradition, assurant même une dichotomie historique et ancestrale au sein même de l’idiosyncrasie de notre société post coloniale et esclavagiste, mais surtout antiraciste, c’est-à-dire rejet au fond, de tout ce qui lui est exotique, en d’autres termes, « paradoxalement » blanc. Et je viens tout juste de donner aux décideurs politiques, agents sociaux et bien sûr élites tous domaines confondus du pays la clé de voûte de reconceptualisation en vue de la construction de la vraie architecture nationale ayisièn, une bonne fois pour toute.

Arch. Jean-Camille, Master en Gestion & Politique de l’Environnement.