octobre 28, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

Nous sommes vos yeux et vos oreilles

Pour que cessent les blasphèmes et les sacrilèges.

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Ce fût un dimanche, le 1er janvier 1804, suite à la Bataille de Vertières, menées si héroïquement par nos premiers Grenadiers, dans les enceintes du Fort de Vertières couvrant ainsi de gloire à tout jamais notre histoire si singulière de peuple que les plumes maudites et racistes qualifient de tous les noms, dont les plus morbide de va-nu-pieds, ramassis d’esclaves, de sauvages, oubliant que même l’animal traqué sort ses griffes.

Ainsi, par cet acte si transcendantal de légitime défense, la colonie départementale de Saint-Domingue, cette vache laitière pour les grandes puissances européennes de l’époque à tour de rôle, dont l’Espagne, l’Angleterre et la France, part en fumée pour s’ériger en Etat indépendant, au terme d’une longue guerre de libération à laquelle certains historiens accoleront l’étiquette de sanglante et meurtrière, pour n’avoir  dans leur chair et au tréfonds de leur âme les horreurs et atrocités de l’esclavage.

Au sens propre du concept sacré et inaliénable d’humanité, des plus justes et louables du point de vue de l’intégrité et de la dignité auxquelles tout être humain à part entière ne saurait renoncer. Ainsi, par les prouesses plus spectaculaires que l’histoire universelle de l’humanité n’ait jamais, ni avant ni après connu, l’ancienne colonie française devient le premier État noir des Temps modernes et le deuxième État indépendant des Amériques (après les États-Unis, notre très aimable frère ennemi).
Au fait, 1e janvier n’est que la résultante de quatre siècles d’exploitation à outrance et outrageuse, de racisme et d’oppression. Sous les coups de canons et de baïonnettes des Esclaves révoltés, capitulent le 18 novembre 1803, les vestiges d’une armée française mise en déroute par les tout premiers défenseurs de droits humains.

Libre d’exploitation, de ségrégation et d’imposition, la partie ouest de l’île reconquiert son nom originel, à savoir Ayiti, en hommage aux premiers habitants de l’île exterminés à sang-froid par les colons.

On aura beau entendre parler, scander, mugir et brandir ça-et-là la notion de révolution, dont, par exemple la révolution française, la révolution américaine et la révolution bolchévique et j’en passe. Cependant, la révolution aytienne, la seule vraie révolution de toute l’histoire de l’humanité avec pour revendication la dignité et l’émancipation humaine.

A côté des révolutions industrielles et aujourd’hui des technologies de l’information et de la communication elle est la seule à procéder à un changement de paradigmes de l’ordre mondial jusque l’établi, à la facture très lourde et forte. Et par voie de conséquence, « le pays le plus africain de l’Amérique et le symbole de la résistance du « Noir » contre le système esclavagiste. » pour paraphraser un extrait de l’article  » Haïti (Ayiti) est notre sœur, la première nation africaine du monde. » paru dans le blog de Renaud Ossavi, Mondo, dans la rubrique Mots et Murmures, le
26 février 2015, où l’auteur, sans langue de bois plaidoye pour l’authenticité du rôle déterminant qu’a joué Ayiti dans la configuration du monde tel que connu aujourd’hui.

Ainsi, malgré le travail de mémoire que nous ne nous donnons pas la peine de faire auprès des générations montantes et futures, puisqu’il n’a pas de génération spontanée, ce qui nous a basculés de plein fouet dans les précipices de l’amnésie collective, n’oublions jamais nos origines. Ni non plus notre histoire si glorieuse et remplie de gestes que seuls des « surhumains », pour emprunter ce concept très fréquent dans les écrits de Friedrich Wilhelm Nietzsche, peut accomplir. De grâce, faisons trêves de sacrilège de notre si sacrée et glorieuse histoire. Et surtout ne l’oublions jamais, Ayiti est le premier pays au monde issu d’une révolte d’esclaves, le premier à combattre dans toute sa ferveur le racisme, le premier freiner l’exploitation de l’homme par l’homme. Et aussi le seul territoire francophone indépendant des Caraïbes.

Comme j’aime à le dire, sans la moindre velléité de cesser réitérer, aussi souvent que je puisse jusqu’à ce que les sourdes puissent l’entendre, les aveugles le voir, et les pauvre d’esprit le comprendre:  » Il y a pas de génération spontanée, c’est un processus qui nous amenés là où nous sommes aujourd’hui, ainsi donc, il revient  à un autre processus d’en renverser le cours. » Pour ce faire, il nous faut la résurgence d’une génération d’hommes et de femmes aytiennes consciente de la gravité de la crise de l’heure, animée de l’esprit de bienveillance et de bonne volonté, doté du don et sacrifice inconditionnel de soi, en vue du salut de cette terre de liberté par excellence.

Tout comme le sang de Toussaint Louverture crie justice de la main des oppresseurs, celui de Dessalines se consterne sous le poids de la trahison de ses pairs, pour que Henri Christophe demeure à tout jamais des dirigeants ayisyens le plus grand constructeur, à côté de l’œuvre sublime de construction de la patrie commune.

Malgré les circonstances que rien ne continue a offert patauger dans le blasphème la au pharmacien de notre histoire vive la 216e de l’indépendance, à tous mes chers compatriotes d’ici et d’ailleurs.

Je ne saurais conclure cette page spéciale de réflexion consacrée à l’indépendance ayitienne, sans rendre un hommage méritoire au célèbre écrivain uruguayen  Edouard Galliano, amant impénitent de la Révolution ayitienne et je cite:  » Il faut le répéter jusqu’à ce que les sourds l’attendent: Ayiti est le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier au monde qui a banni l’esclavage. Il mérite bien plus que la notoriété due aux disgrâces. »
En effet la Révolution ayitienne ne s’est point circonscrite à nos cieux, elle s’est ainsi étendue bien au-delà de nos frontières, à travers des aides militaires et d’idées révolutionnaires de nos généraux concédées à Miranda, Simon Bolivar, Jose Marti, au niveau de l’Amérique centrale et du sud, pour ainsi initier le panaméricanisme.  A l’échelle globale d’autres cas de coopération avec d’autres peuples du monde en quête d’émancipation font aussi objet de inspiratrice et conspiratrice ayitienne.

En un mot, le 1e Janvier, Jours de la célébration de l’indépendance ayitienne devrait etre baptisée Journée internationale de la libération des peuples et des droits humains.

Il nous revient donc à nous autres ayitiens de prouver au monde entier combien nous sommes encore dignes d’une telle prouesse.

Jean-Camille ETIENNE
Architecte, Master en Gestion & Politique de l’Environnement.
01/01/2020