octobre 27, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

Nous sommes vos yeux et vos oreilles

L’ exilé et son pays d’origine .

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Le texte qui suit n’est pas de moi dans l’écriture et/ou dans la mise en papier ( virtuellement parlant, vous me comprenez). Mais dans son esprit illustre, ce sentiment si profond depuis mon premier voyage vers Cuba; en 1999 pour parachever mes études universitaires en architecture pour une durée de six (6) longues années, suivi de mon 2e exil; encore pour question d’études en vue de l’obtention de mon titre de maître en politique et gestion de l’environnement en 2008, à Madrid, en Espagne, pour une durée d’environ un (1) an et demi, jusqu’à mon bouleversant exil ici aux États-unis, depuis le 12 janvier 2015, qui à l’instar du séisme du 12 janvier 2010, a totalement bousillé ma vie, à tous les points de vue. En effet, cette aventure racontée par cet auteur inconnu et nostalgique, dit-on, en fait, est celui que j’avais toujours voulu écrire. J’en réclame le droit d’auteur, car ce texte a toujours bouillonné au plus profond de mon âme. Sauf que quelqu’un d’autre m’a devancé et l’a écrit à ma place. Puisque l’auteur authentique préfère rester dans l’anonymat, je m’en attribue la paternité.
En effet, l’amour infini et épuisable que le fils authentique porte pour sa mère et que rien au monde ne peut ravir, est le même sentiment chaque jour davantage un peu puissant et dévorant que le patriote impénitent porte au plus profond de son être pour son pays.
Au fait, nous en sommes tous auteurs, nous autres, de cette diaspora ayitienne dispersés un peu partout à travers le monde et dont l’idée, voire le désir irrésistible du grand retour au bercail ne cesse de hanter, année après année, mois après mois, semaine après semaine, jour après jour, heure après heure, minute après minute, seconde après seconde, en un mot incessamment.

 » Un haïtien raconte son aventure…
J’étais en voiture, sur le chemin du retour depuis New York pour Montréal, où j’habite depuis maintenant plus de 20 ans.
Au poste frontière, je remettais mon passeport à la préposée à la douane, et lorsqu’elle lut: « Lieu de naissance: HAÏTI », elle me demanda:
– Comment va Haïti?
– Ca peut aller, lui répondis-je. Tout ce que l’on souhaite c’est que ça continue à aller autant bien que mal…
– Depuis combien de temps vivez-vous au Canada?
– Je viens de boucler ma 20ème année.
– A quand remonte votre dernière visite en Haïti?
– C’était il y a deux ans.
Elle me fixa en souriant et me dit:
– Lequel des deux aimez-vous le plus, Haïti ou le Canada?
– La différence que je fais entre Haïti et le Canada, est exactement celle que je fais entre ma mère et mon épouse. Mon épouse, je l’ai choisie, je suis tombé sous son charme, je l’aime, j’en suis amoureux, mais elle ne peut en aucun cas me faire oublier ma mère.
Je n’ai pas choisi ma mère, mais je sais que je lui appartiens. Je ne me sens bien que dans ses bras; je ne pleure que sur son épaule.
Elle referma mon passeport, me fixa avec étonnement,; puis me dit:
– « On entend souvent dire que la vie est très difficile en Haïti. Comment pouvez-vous aimer autant ce pays? »
– Vous voulez dire « ma mère »?
Elle sourit et dit: supposons-le.
– Ma mère est peut-être pauvre; elle n’a pas de quoi me payer mes soins, encore moins les honoraires du médecin, mais la tendresse de son giron quand elle m’étreint, et la chaleur de son cœur lorsque je suis dans ses bras suffisent à me guérir.

-Décrivez-moi Haïti?

– Elle n’a pas la beauté blonde, mais la vue de son visage vous apaise. Elle n’a pas les yeux bleus, mais sa vue vous met en sécurité. Ses vêtements sont simples, mais elle porte dans ses plis bonté et miséricorde…
Elle ne se pare pas d’or et d’argent, mais elle porte à son cou un collier de fruits tropicaux dont elle nourrit tout affamé. Les brigands l’ont spolié, mais elle continue de sourire.
Elle me remit mon passeport et dit:
– » Je connais Haïti à travers les écrans de la télé, mais je n’y trouve rien de ce que vous m’avez décrit ».
– Vous avez vu l’Haïti des bulletins de nouvelles. Quant à moi, je parle de l’Haïti enfouie dans mes entrailles.

« – Je souhaite que votre fidélité pour le Canada égale celle que vous ressentez pour Haïti… Je veux dire votre fidélité à l’épouse autant qu’à la mère. »

– Entre le Canada et moi, existe un contrat auquel je dois fidélité, et je ne suis pas de ceux qui ne respectent pas leur contrat. Et je souhaiterais que vous sachiez que cette fidélité, c’est ma mère qui me l’a enseignée…. »

Auteur inconnu (nostalgique)

Ainsi, de  » Un haïtien raconte son aventure… » je le titrerais plutôt moi de :  » L’ exilé et son pays d’origine « . C’est plus qu’illustratif que l’auteur originel n’ait voulu ni le titrer, ni encore moins le parapher. Un grand coup de chapeau pour l’auteur du cœur, et la pensée et des mains duquel a pris corps un si  » lucide délire ».

Que suis-je ? Délice. Car, de si controversée et dévorante nostalgie, nous Haïtiens du dehors, en sommes tous auteurs.

Architecte, Jean-Camille ETIENNE, Master en Gestion & Politique de l’ Environnement.