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PROPOSITIONS POUR UNE VISION DE DÉVELOPPEMENT INSULAIRE AXÉ SUR LES OPPORTUNITÉS DES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES.

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Mes Réflexions sur l’Avenir d’Haïti. 30 juin 2020.
Père Jean-Miguel Auguste.

PROPOSITIONS POUR UNE VISION DE DÉVELOPPEMENT INSULAIRE AXÉ SUR LES OPPORTUNITÉS DES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES.

En 2016, dès le début de mes publications intitulées “Mes Réflexions sur l’Avenir d’Haïti”, j’ai pensé à y introduire quelques articles sur les relations haïtiano-dominicaines aux fins de passer de l’antagonisme de nos relations à l’instauration d’une vision de coopération binationale pour le développement insulaire.

Le moment me semble adéquat pour m’adonner sereinement à cette entreprise, conscient et convaincu qu’un avenir radieux pour nos peuples passe nécessairement par des relations productives et harmonieuses entre les deux États qui se décideront, enfin, à travailler ensemble pour le développement intégral et moins inégal de l’île, au service du bien commun des deux peuples.

Haïti et la République Dominicaine sont deux nations sœurs. Des rivalités et incompréhensions historiques les ont mises quelquefois dos-à-dos et parfois même placées au bord de l’affrontement armé, mais leur destinée géographique les contraint irréversiblement à vivre ensemble. De plus, en pleine ère de rationalité économique, le temps n’est plus aux rivalités d’antan ni à la logique de répulsion mutuelle qui donna lieu, jadis, à ce que le géographe Jean-Marie Théodat appelle « la double insularité », c’est-à-dire la double négation de l’une et l’autre, laissant Haïti dans son monde, la République Dominicaine dans le sien et les deux s’empêchant mutuellement de dépasser leurs conflits historiques, leurs préjugés et leurs rancunes.

Aujourd’hui, penser véritablement les relations haïtiano-dominicaines c’est penser l’Avenir d’Haïti d’une autre façon, c’est penser le développement d’Hispaniola. Penser ensemble, c’est le faire l’un avec l’autre et l’un pour l’autre. De fait, en 2020, vu le positionnement de la République Dominicaine sur l’échiquier régional latino-américain et caribéen, si on refuse de parler d’elle en termes élogieux comme un modèle de stabilité politique et de croissance économique continue, orgueil mis de côté, force est d’être convenable et élégant toutefois, et de parler d’elle, au minimum, comme un exemple de pays émergent.

Pour matérialiser mon idée, je proposerai donc successivement une série d’articles articulés autour des quatre grands axes thématiques, nécessaires et fondamentaux à une compréhension intégrale des relations haïtiano-dominicaines : les relations politiques (1), les relations économiques et commerciales (2), les relations socio-culturelles construites d’une part à partir des relations entretenues entre le peuple dominicain et les immigrants haïtiens depuis un siècle d’immigration (3) et, d’autre part, les relations de bon voisinage et d’interdépendance qui se sont établies des échanges frontaliers coloniaux à aujourd’hui. (4) Finalement, j’aborderai les perspectives et bénéfices d’une meilleure coopération entre nos deux Etats.

Je présente incessamment les réflexions relatives aux relations politiques.

Histoire politique des relations haïtiano-dominicaines : quelles leçons démocratiques pour Haïti ?

(Partie 1)

L’histoire politique comparée est un instrument méthodologique passionnant que nous pouvons utiliser pour comprendre, aujourd’hui, le décollage de la société dominicaine pendant que la nôtre est visiblement en pleine décadence avec la faillite de toutes ses institutions. Les leçons de la stabilité politique dominicaine, le choix avisé de leurs dirigeants contre l’instabilité ou l’imprévisibilité du fait politique haïtien, expliquent presque tout.

Mais, faisons d’abord un très bref rappel historique.

Haïti et la République Dominicaine partagent une même île de 76,480 km2 colonisée par l’Espagne dès 1492 jusqu’au traité de Ryswick en 1697, dans lequel cette dernière concéda un tiers du territoire à la France. Cette partie, à l’ouest de l’île, deviendra la colonie française de Saint-Domingue, jusqu’aux révoltes des esclaves qui aboutirent à l’indépendance haïtienne en 1804. De 1822 à 1844, sur demande et invitation expresse d’une grande partie de la population dominicaine, souhaitant et réclamant l’unification de l’île, le Président haïtien Jean-Pierre Boyer la dirigea entièrement. Naturellement, l’expérience fut désastreuse et la partie orientale obtint son indépendance en 1844. L’élite conservatrice dominicaine en garde d’ailleurs un goût amer et a même créé, contre les Haïtiens, le mythe du rêve de reconquête du territoire dominicain. La vérité historique est qu’il n’y a jamais eu de colonisation ni de conquête de la partie Est par les armes, mais une grande période au cours de laquelle les habitants de l’île voulant vivre harmonieusement, aspiraient à être un seul peuple et une seule nation.

Malheureusement, des mesures rétrogrades du Gouvernement du Président Boyer et de ses successeurs n’ont pu consolider et achever la permanence de cette unification.

Pourtant, il existe bel et bien une longue histoire de coopération entre les deux peuples, commencée en 1865 avec l’appui politique et militaire d’Haïti au projet de restauration de l’indépendance dominicaine contre l’Espagne.

Les préjugés racistes expliquant le massacre des Haïtiens par l’armée dominicaine en 1937 et, plus récemment, la décision du gouvernement dominicain de rendre apatride un nombre important de ses propres citoyens, parce-qu’originellement de descendance haïtienne, n’ont pas eu le dessus sur les relations fraternelles entre les deux peuples, qu’aucune idéologie morbide n’a jamais pu vraiment conduire à la guerre.

Par ailleurs, alors qu’après la dictature de Trujillo, les acteurs politiques dominicains ont construit une stabilité politique génératrice d’une santé économique pour leur pays, en Haïti, on rate encore, même en 2020, l’entrée dans la modernité économique et les vertus stabilisatrices de la transition démocratique. Nos “chirépit” sont sans fin et le pays s’éteint à petit feu dans l’indifférence nationale et l’ingérence internationale.

De fait, ceux qui me lisent régulièrement doivent savoir que dans “Mes Réflexions sur l’Avenir D’HAÏTI”, je les invite toujours à en faire de plus profondes pour le bien commun au lieu de se perdre en tergiversions inutiles et en faux- fuyants, tel que le débat du “Massi-Madi” qui nous éloigne clairement aujourd’hui de l’essentiel. Le pays agonise et le peuple haïtien perd son temps dans des discussions stériles et futiles alors que nous pataugeons dans un banditisme de rue, toléré par le pouvoir et avançons vers un désastre économique éclatant, caractérisé par des déficits budgétaires répétés, une inflation galopante, une dépendance quasi-extrême de notre consommation quotidienne de l’importation des produits étrangers et une course effrénée vers l’atteinte prochaine de 150 gourdes pour un dollar américain.

À l’instar des alliances fructueuses et durables des acteurs politiques dominicains, telle celle historique des deux partis majoritaires en 2016, pourquoi, aujourd’hui, l’opposition politique haïtienne, au lieu de faire le choix périlleux de l’aventure aveugle du pouvoir temporaire de la transition, ne cherche-t-elle pas à garantir la stabilité politique institutionnelle via un consensus général avec le pouvoir en place et les forces vives et saines de la nation ? Voilà une tâche qui ferait de nos politiciens des éléments d’une classe politique responsable et visionnaire décidés à travailler non pour la sauvegarde de leurs intérêts personnels mais pour notre bien-être de peuple.

En définitive, malgré les inégalités sociales encore existantes, la stabilité politique dominicaine, mère du décollage économique, est l’œuvre d’une classe d’hommes et de femmes patriotes que nous devons tenter de répliquer en Haïti. Aucun développement n’est possible avec des leaders enchaînés aux vices ténébreux et mortifères que sont la cupidité, la ruse, la méchanceté et l’égoïsme. Ainsi, les politiques haïtiens (au pouvoir ou aspirants) devraient, dans leurs actions et décisions, avoir toujours comme boussole, le souci de la STABILITÉ; d’où le respect scrupuleux des échéances et prescrits constitutionnels. Pour conduire Haïti vers la création de richesses et la modernité, il nous faut d’abord de nouveaux dirigeants nationalistes qui s’engagent dans l’application stricte de la Constitution et des lois de la République, seuls garants de cette STABILITÉ et du Progrès.

En fin de compte, pour le développement insulaire envisagé, l’exemple dominicain est à suivre et à dupliquer. Mais Haïti doit d’abord renaître et rompre avec les habitudes néfastes de coup d’état, de mauvaises élections, de corruption, d’amateurisme et de gouvernement provisoire. Pour celà, il nous faudra un nouveau leadership instruit, intègre et pétri de l’amour de la Patrie haïtienne et de l’île toute entière. Ce faisant, les Dominicains n’auront d’autre choix que de faire route avec nous dans le respect et la solidarité mutuelle.

(Fin de la première partie.)

Dans la seconde, que je publierai bientôt, je traiterai des questions relatives aux aspects économiques et commerciaux des relations haïtiano-dominicaines comme levier pour le développement durable et intégral de l’île … (à suivre)

Père Jean-Miguel Auguste

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LE/30/06/2020/
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