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RÉFLEXIONS ET PROPOSITIONS POUR UNE VISION DE DÉVELOPPEMENT INSULAIRE AXÉE SUR LES OPPORTUNITÉS DES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES

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Mes Réflexions sur l’Avenir D’HAÏTI. 22 Juillet 2020. Père Jean-Miguel Auguste.

RÉFLEXIONS ET PROPOSITIvONS POUR UNE VISION DE DÉVELOPPEMENT INSULAIRE AXÉE SUR LES OPPORTUNITÉS DES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES

La grande question migratoire (Partie 3)

Les leçons de STABILITÉ politique à tirer du cheminement démocratique de la République Dominicaine ont fait l’objet de la première partie de “Mes Réflexions”. Dans la seconde, j’ai montré comment les dimensions économiques et commerciales des relations haïtiano-dominicaines mettent à nu l’immense manque à gagner pour Haïti dans ces échanges bilatéraux ainsi que les défis qui nous attendent en termes de planification du développement national ou celle de l’île fondée sur cette STABILITÉ Politique, la production locale et la diversification économique.

Dans cette dernière partie, j’aborderai la migration. C’est une question qui fait problème et qui nous divise tellement que l’Ambassadeur Guy Alexandre l’appelle : « la pomme de discorde des relations haïtiano-dominicaines ». En Haïti comme en République Dominicaine, on s’en fait une très mauvaise idée. Si, au regard de la majorité des Haïtiens, la République voisine est un enfer à ciel ouvert pour leurs frères émigrants, pour les Dominicains, elle est un fardeau assorti d’un gros prix à payer pour avoir des voisins pauvres et incapables d’organiser collectivement leur développement.

C’est en effet une très vieille histoire qui remonte à la fin du XIXe siècle. La première vague de l’émigration haïtienne date de 1875. Elle répondait alors à la demande de main-d’œuvre des industriels cubains exilés de leur pays et établis en République Dominicaine durant la Guerre de dix ans (1868-1878). Ces derniers avaient fait venir en République Dominicaine plusieurs centaines de travailleurs migrants haïtiens.

Les occupants américains qui ont régenté l’île entre 1915 et 1924 et Haïti jusqu’à 1934, ont favorisé la migration d’une autre vague importante de travailleurs haïtiens : 28 258 sont recensés en 1920 et 52 657 en 1935. Ils ont été mis au service de l’industrie sucrière et de la construction des infrastructures dominicaines. La suprématie des intérêts économiques américains, à l’époque, par inadvertance, a épargné les Haïtiens employés dans les industries sucrières lors du massacre de 1937. Ensuite, de 1952 à 1986, sous les gouvernements qui ont suivi, il y a eu la signature de plusieurs contrats officiels d’embauche de travailleurs haïtiens. La logique des investisseurs a toujours été d’augmenter la rentabilité et de garantir la compétitivité sur le marché international par une migration de main-d’œuvre à bon marché qui maintient, au plus bas niveau, les coûts de production.

Depuis les années 2000, le nouveau grand défi de la question migratoire porte sur l’intégration citoyenne des générations de Dominicains issues de l’immigration haïtienne. Ces derniers ont été l’objet de deux grandes décisions officielles qui ont aggravé leur situation. Premièrement, en 2010, l’amendement constitutionnel vint préciser que les enfants nés en République Dominicaine de parents en situation irrégulière n’auraient pas droit à la nationalité dominicaine. Deuxièmement, en septembre 2013, marquant une résurgence des vieux démons et préjugés anti-haïtiens, le tribunal constitutionnel dominicain a rendu un arrêt annulant la nationalité de plusieurs centaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne. Cette décision raciste, rétrograde et en violation totale du droit international appliquée de surcroît rétroactivement a rendu des milliers de dominicains apatrides. Le même arrêt imposa alors aux dénationalisés la soumission à une vérification de pièces d’identité.

La communauté internationale et les organisations internationales des droits humains ont protesté et dénoncé énergiquement cet arrêt raciste, avilissant et injuste. Pourtant, le Gouvernement haïtien d’alors, le gouvernement de Martelly-Lamothe, au lieu de s’appuyer et de capitaliser sur l’indignation internationale soulevée partout dans le monde, décida d’accommoder les autorités dominicaines. Cent ans plus tôt, Trujillo avait monnayé à très bon marché la complicité, la bassesse et les turpitudes eu regard le massacre des haïtiens en 1937 de l’Ambassadeur Evremont Carrié et du Président Vincent. Cent ans plus tard, le Président Leonel Fernandez récompense la complicité , la bassesse et les turpitudes de l’ administration Martelly-Lamothe eu regard l’apatridie de milliers de dominicains de descendance haïtienne en conférant l’Ordre de Mérite de Duarte au Président Michel Martelly et en faisant miroiter un fond de 500 millions de dollars, au bénéfice des deux pays, qui ne se matérialisera jamais. Deux souillures indélébiles dans l’histoire de notre pays.Encore une fois, les pouvoirs en place ont sacrifié nos intérêts nationaux. Quelle honte!

Toutes ces formes de discrimination doublées de la dénonciation traditionnelle de l’expérience difficile des bateys, conditionnent notre vision de la migration haïtienne en République Dominicaine, perçue comme une expérience d’enfer. C’est donc tout un cheminement historique, soutenu par les dénonciations incessantes des conditions de vie et de travail, qualifiées d’esclavage, des ouvriers migrants haïtiens dans des sites d’hébergement en République Dominicaine appelés bateys.

L’un des évènements déclencheurs de ce mouvement a été la publication en 1981 du livre-reportage “Sucre amer” de Maurice Lemoine, un journaliste français. Pourtant malgré tout, l’Haïtien continue de migrer ou de se réfugier en République Dominicaine soit pour poursuivre ses études universitaires, soit pour des raisons de sécurité, de santé, de travail et d’investissement.

Du côté dominicain, tout cela a également nourri une posture défensive, sous fond de polémique, conduite notamment par les groupes nationalistes qui, en réaction aux campagnes de vulgarisation des conditions inhumaines de travail et de logement des ouvriers haïtiens lors de la zafra en République Dominicaine, présentent la migration haïtienne comme un objet d’avilissement de leur pays. Mais ceci remonte à une tradition intellectuelle lointaine dont la figure de proue serait le DrJoaquin Balaguer, lui-même.

Sous ses deux chapeaux d’auteur et de chef d’État dominicains, il a toujours soutenu que le grand malheur de son peuple est la menace « de l’africanisation de la race (dominicaine) à cause de sa proximité avec Haïti ». Cependant, depuis la fin des années 80, la migration haïtienne en République Dominicaine, jusqu’alors analysée sous l’angle ethno-racial, fut soumise à une lecture socio-économique rigoureuse conduite notamment par des auteurs dominicains tels que Ruben Silié et Elena Munoz.

Ils ont eu raison de replacer la migration dans le contexte de l’économie globale fondée sur l’interdépendance des économies nationales et sur l’exploitation et l’internationalisation du marché du travail. En ce sens, Silié parle de la nécessité de « dé-ethniciser » la question de la migration haïtienne en République Dominicaine en dépassant notamment « l’argument de l’invasion pacifique » promu et imposé par le Président Joachin Balaguer. De fait, force est de reconnaitre que les idées racistes de ce dernier bénéficient toujours aujourd’hui d’une importance capitale dans l’imaginaire du peuple dominicain grâce au rôle prépondérant qu’il a joué pendant longtemps à la tête du pays, notamment durant ses mandats présidentiels, premièrement à l’ombre du dictateur Trujillo du 3 août 1960 au 18 janvier 1962 puis tout seul de 1966 à 1978 et enfin de 1986 à 1996.

Malgré tout, au milieu et au-delà de tous ces préjugés, notre devoir est d’endiguer cette migration, autant que faire se peut, en créant assez de richesse et d’emplois pour nos travailleurs et d’universités pour nos jeunes, tout en la concevant le développement de notre pays de manière créative et avec des objectifs gagnants gagnants pour les deux pays.

Pour ces 500 000 concitoyens environ de cette diaspora en République Dominicaine, selon les dernières estimations de l’ENI, la question aujourd’hui est de savoir comment rendre la migration haïtienne ordonnée, contrôlée et protégée conjointement par les deux États. C’est tout un défi de responsabilité politique que l’ Ambassadeur Guy Alexandre divisait en trois dimensions : (1) la régularisation du flux migratoire depuis Haïti, (2) la documentation en République Dominicaine des immigrants déjà impliqués dans l’ordre social et économique du pays et (3) la normalisation du processus de rapatriement des irréguliers au regard du droit international des droits de l’Homme.

Du côté haïtien d’abord, c’est un devoir citoyen et nationaliste et l’obligation impérieuse d’un État responsable de relever ces trois défis de façon urgente, durable et efficace. D’où la nécessité pour l’Etat Haïtien de créer des conditions de bien-être idoines, portant ainsi ses ressortissants à rester chez eux. Vwazinaj se fanmi, menn lakay se lakay. Yon lakay pwòp débarrassé de ces anti-peuples, de ces anti-nationaux, de ces voleurs qui investissent le fric mal acquis dans des banques ou immobiliers dominicains et ailleurs.

Le moment d’une prise de conscience collective est venu. Vwazen an kite nou dèyè…Un peu d’orgueil, à la Faustin Soulouque qui a rattaché tout le Haut plateau ( le Département du Centre) à la République d’Haïti. Rattraper, dans tous les domaines, la République Dominicaine doit être le défi, la motivation de tout compatriote. Pour cela, faisons comme eux et refusons à l’avenir tous médiocres et corrompus au timon des affaires de l’État. Serait-ce au-dessus de notre intelligence et de nos capacités? Que les Braves et les vrais Serviteurs altruistes du pays se rassemblent et prennent en main, une fois pour toute, la destinée de notre noble Nation au passé si glorieux, au présent si hideux mais au futur si prometteur. Ayez la foi de Noé et voyez déjà l’Arc-en-Ciel qui annonce la fin du déluge et des turpitudes de toutes sortes qui se sont abattus sur la terre de Toussaint, de Dessalines, de Christophe, de Soulouque, de Salomon, de Saget et d’Estimé. Le défi est énorme, mais il y va de notre survie, de notre fierté et de la reconquête de notre dignité de peuple et de nègre. Mettons-nous au travail et chassons du pouvoir les ennemis de la Patrie aux prochaines élections. Sommes-nous prêts à séparer l’ivraie du bon grain en plaçant notre Pays finalement sur la voie du progrès, de la prospérité et du développement? Un changement s’impose. Une révolution est nécessaire. Enough is enough!

Père Jean-Miguel Auguste
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+13473378954
miguelnov19@gmail.com

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