octobre 19, 2021

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La mort des pauvres est silencieuse à Port-au-Prince…

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Lorsque la forêt brûle, personne ne se soucie, en premier de la qualité des arbres, ni de leur taille, encore moins de leur majestuosité. D’ailleurs, le feu ne commence jamais par la cime des plus grands arbres qui dominent l’espace. C’est par la brindille de la plus insignifiante plante, les ronces, sur le sol de la forêt que l’embrasement débute.

Lorsque la jungle s’enflamme, on ne pense pas à sauver les plus belles espèces végétales, quelque rares et précieuses qu’elles soient. La stratégie vise plutôt à établir des coupe-feux, pour parer à l’urgence… Dès lors on renforcera, alors que les cendres seront encore chaudes et fumantes, les mesures préventives.

Une société est comme une forêt. Pour assurer sa sécurité, il faut accorder la même importance à la protection aussi bien au plus petit qu’au plus grand, parmi les citoyens qui la composent. La brindille et le buisson sont d’importance proportionnelle à la sauvegarde de la vie de l’ensemble. Les grands arbres ne seront pas protégés tant que l’herbe la plus rase sera négligée.
Dans une société, le respect de la vie des icônes, des belles têtes, des grands intellectuels repose sur la capacité d’indignation devant toute mort violente, du plus démuni au plus riche et du faible d’esprit à l’érudit. La souffrance d’un être cher devant une vie arrachée ne s’embarrasse d’aucun artifice.

Cependant, dans toutes les sociétés, certains décès peuvent retentir plus fortement et plus rapidement. Voir un baobab ou un mapou qui brûle interpellera nos sens avec acuité. Le propos n’est pas l’émoi spontané d’un événement médiatisé, comme un meurtre sauvage et crapuleux d’une personnalité en vue. L’anonymat interpelle moins. Mais toute société civilisée se courbe devant un corbillard qui se dirige vers le cimetière. La mort de cet être humain, riche ou pauvre, nous rappelle que l’humanité est en sursis. Face au chagrin des proches du défunt, nous ne saurions demeurer indifférents…

C’est l’indifférence qui tue !!!
Devant des centaines d’autres crimes odieux et de massacres épouvantables qui concernent des individus issus de la majorité des Haïtiens des classes pauvres.

une partie du problème vient, peut-être, de la perception qu’eux n’est pas nous !

Ignorer, minimiser, relativiser et excuser les crimes perpétrés contre une catégorie sociale forment l’apprentissage colonial, légué . L’esclave était un meuble comme le serf était taillable et corvéable au Moyen-Age.
La vie ne peut être respectée en catimini ou en particulier.

Thomas Lalime a bien dressé, dans un magnifique article intitulé « Cabinet  ministériel d’excellence composé d’exécutés de la République », une liste non exhaustive de brillants cerveaux tués ces dernières années, dans la société haïtienne.
D’éminentes personnalités, avec raison, passion et verve ont réclamé justice et ont crié leur rage devant la dépouille de ce vaillant homme de droit. Un homme droit. Un vertébré ! En dehors d’Haïti, l’écho de la disparition de cet être d’exception a soulevé indignation et colère.

Pourtant, le véritable rempart à ce feu ardent de fureur et de violence qui embrase Haïti depuis des générations, réside dans notre capacité d’empathie les uns envers les autres.

Nous assistons plutôt à une hiérarchisation des drames, proportionnelle aux couleurs sociales des victimes. On s’identifie à certains défunts, tandis que d’autres deviennent de muettes statistiques.
La mort des pauvres est trop silencieuse en Haïti.
Écrit par
Aly Acacia
LE 23 septembre 2020

La rédaction de Ltp !!!
Via Le NOUVELLISTE HT

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