(Port-au-Prince) Des associations de journalistes haïtiens ont dénoncé mardi les propos tenus la veille par le président Jovenel Moïse, dans lesquels le chef de l’État contesté a évoqué des membres de gangs « déguisés » en représentants des médias.

AGENCE FRANCE-PRESSE

« Souvent des gangs se déguisent en manifestants et journalistes pour attaquer nos policiers en service », a assuré M. Moïse, qui s’exprimait devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour les défenseurs de la presse, ces propos risquent d’exposer les journalistes à d’éventuelles brutalités policières.

« Le chef de l’État justifie et assume tous les actes de brutalité orchestrés par des policiers contre les travailleurs de la presse », accuse l’Association des journalistes haïtiens.

M. Moïse a, du même coup, exposé les journalistes à toutes formes d’attaque et d’agression.

L’Association des journalistes haïtiens, dans une note de protestation.

Dans un communiqué mardi, l’association haïtienne des médias en ligne a elle dénoncé « avec véhémence le discours irresponsable du Jovenel Moïse ».

L’impunité dont semble bénéficier des bandes armées sur le territoire attise la colère des Haïtiens contre les autorités, accusées d’inaction voire de complicité avec les criminels.

Sa légitimité étant contestée par l’opposition politique et une large partie de la société civile, Jovenel Moïse fait face à des manifestations répétées ces dernières semaines.

Ces rassemblements ont très souvent été dispersés avec violence par des policiers qui ciblent régulièrement, avec leurs tirs de grenades lacrymogènes, des journalistes clairement identifiés.

Jovenel Moïse a exprimé lundi à l’ONU son souhait d’améliorer le rang d’Haïti dans le classement mondial de la liberté de la presse.

Meurtres de deux journalistes en 2019

L’Association des journalistes haïtiens a saisi l’occasion pour rappeler l’absence d’avancées judiciaires concernant les derniers cas d’assassinats et de disparition de journalistes.

Les enquêtes sur les meurtres de deux journalistes, assassinés en juin et octobre 2019, n’ont pas encore abouti.

Dans le cas du photojournaliste Vladjimir Legagneur, porté disparu depuis près de trois ans lors d’un reportage réalisé dans un quartier sensible de la capitale, la police n’a toujours pas publié les résultats d’un test ADN qui aurait été réalisé en mars 2018 sur les restes d’un corp