septembre 24, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

Nous sommes vos yeux et vos oreilles

Les gangs criminels et la répression dictatoriale du président Moïse remettent le pays sur les cordes

5 min read
Partagez cet article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une peinture murale à Port-au-Prince semble faire allusion à la vague d’enlèvements et, en même temps, à la situation dans le pays

Orlando Barría / EFE

FÉLIX FLORES

BARCELONE

28/02/2021 02:30Mis à jour 03/01/2021 4:08 PM

L’extrême vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles et humaines se manifeste une fois de plus par la violence. Violence criminelle, violence policière, violence politique, sans distinction claire étant facile.

Une note des derniers événements. Arnel Joseph, l’un des principaux chefs des gangs armés terrorisant le pays, emprisonné depuis 2019 pour enlèvement et meurtre, s’est évadé de prison avec 400 autres prisonniers jeudi lors d’une émeute qui a tué 25 personnes, dont le directeur. Et vendredi s’est terminé l’enlèvement d’une semaine de deux cinéastes dominicains et de leur interprète local alors qu’ils tournaient précisément un film sur la vague d’enlèvements subie par les Haïtiens de tous horizons. Les enlèvements ne sont pas quelque chose de nouveau, mais ils sont en augmentation: 200% de plus qu’en 2020 selon l’ONU, au moins cinq journaux, indique le Réseau national de défense des droits de l’homme.

«Par peur, je préfère travailler à la maison, sauf pour un face à face, et je sors pour aller au supermarché. On ne peut rien faire », explique Anne Doris Lapommeray, une architecte formée à Barcelone et revenue en Haïti en 2015. Des milliers de parents ont cessé d’emmener leurs enfants à l’école. L’enlèvement peut avoir lieu à la porte, une voiture chère peut apparaître, ou une voiture officielle, ou des gars déguisés en policiers sans que personne ne sache s’ils le sont ou non …

On soupçonne (ou plus que cela) que les gangs , la police et le gouvernement sont dans le même bateau. Cela aurait du sens étant donné la dérive autoritaire que prend le pays 35 ans après la chute de Jean Claude Baby Doc Duvalier. Une dérive qui rappelle les Tonton Macoutes à partir du moment où l’homme qui détient le pouvoir, Juvenel Moïse, a créé un service de renseignement qui ne répond qu’à sa personne. L’ intelligence intérieure , bien sûr.

Pendant le mandat présidentiel de Moïse, l’inhabituel s’est produit. Une fédération de gangs appelée G-9 a été créée, reconnue par le gouvernement comme un « interlocuteur » dans un prétendu processus de désarmement. Il est dirigé par Jimmy Cherizier, alias Barbecue , un ancien policier expulsé du corps après le massacre de La Saline en novembre 2018. La Saline est le quartier d’où est sorti un jour un Jean Bertrand Aristide prometteur pour devenir, des années plus tard, un président malheureux. Tout le monde sait que Barbecue est à l’origine de la mort de 71 personnes, en plus de deux autres massacres, mais son mandat d’arrêt a été mal placé. Idem que la preuve du meurtre du président du Barreau, Monferrier Dorval, perdue au tribunal.

Les manifestations pour le manque de sécurité sont incessantes. Mais « quand la population sort pour dire qu’elle veut une vie normale, parce que rien ne marche ici, ni la santé, ni l’éducation, rien … la police arrive avec des coups de feu », explique Doris Lapommeray. Les gangs n’aiment pas non plus que des milliers de personnes protestent contre Juvenel Moïse, alors ils font leur part en les empêchant de quitter les quartiers.

Les militants, les magistrats, les associations, les gens ordinaires, voire les différentes églises d’Haïti, considèrent Moïse comme «l’ancien président». Aussi Fritz Alphonse Jean, éminent économiste, premier ministre éphémère pendant un mois en 2016. Il y a presque un an il a déclaré à Barcelone: ​​ »Les oligarques ont enlevé l’Etat en Haïti ». Moïse, un industriel de la banane, l’ homme de la banane lorsqu’il aspirait au pouvoir, en fait partie. Il a dû quitter la présidence le 7 février, selon la Constitution, mais il veut continuer une année de plus et la changer, « peut-être pour pouvoir accéder à un autre mandat et assurer la protection », explique Fritz Jean, rappelant que dans tout le monde l’esprit est la disparition de quatre milliards de dollars du programme vénézuélien Petrocaribe.

Un pays sans covid?Pour un pays aidé par l’aide internationale, avec des millions de personnes sous-alimentées et fortement dépendantes des envois de fonds des émigrants et du tourisme de croisière, le coronavirus a été un coup dur économique. En revanche, l’impact du covid sur les Haïtiens est minime, du moins officiellement: 12 352 cas et 247 décès (contre 237 629 et 3 075 dans la République dominicaine voisine, avec presque la même population, 10 à 11 millions). Cela n’est pas expliqué. Le Dr William Pape, qui dirige le dossier covid, a fait allusion à l’immunité collective. En réalité, «peu de RAP ont été réalisés et nous ne savons pas vraiment combien de cas et combien de décès il y a», explique Doris Lapommeray. On ne parle pas beaucoup non plus, « et il n’y a pas de grande inquiétude », ajoute-t-il. Rares sont ceux qui portent un masque et, à la surprise de toute la Caraïbe, des carnavals ont été célébrés, toujours d’utilité politique. Moïse était présent,

Moïse, qui a liquidé le Parlement avec un tweet et gouverne sur la base de décrets, a fait arrêter une vingtaine de personnes qu’il accusait de tentative de coup d’État, dont trois juges. Un autre juge, Joseph Mécène Jean Louis, est désormais un président par intérim à l’avenir incertain qui, selon Fritz Jean, a pour premier devoir d’approcher la société civile. « Les gens veulent un changement politique, social et économique. »

Fritz Alphonse Jean »La nouvelle administration de Joe Biden ne comprend toujours pas bien ce qui se passe en Haïti »

Lundi 22, Juvenel Moïse a dû témoigner devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a fait valoir qu’il menait une bataille avec les oligarques qui pillaient le pays (il ne mentait pas à ce sujet) et a déclaré au passage que les journalistes abattus par la police lors des manifestations étaient des membres de gangs déguisés. Il n’avait pas grand-chose à craindre non plus. Le nouveau rapport de l’ONU sur Haïti est sur un ton de simple réprimande, et le ton du pouvoir tutélaire américain est similaire. Ils continuent à le reconnaître comme président et lui demandent seulement de ne pas abuser du décret.

«Je pense que la nouvelle administration Biden ne comprend toujours pas très bien ce qui se passe», observe Fritz Jean, pour qui la seule issue pour l’opposition est «de se connecter avec les gens de la diaspora, car Haïti existe au-delà de ses frontières. Il faut leur tendre la main et leur expliquer que nous sommes au bord de l’effondrement, que nous vivons dans un état d’exclusion ».

LE 3 MARS 2021

LA REDACTION DE LTP !!!
harryespoirmichel@gmail.com
50948438136.

LE TOUT AU PLURIEL MAGAZINE.

NOUS SOMMES VOS YEUX ET VOS OREILLES..