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Les liens historiques entre Haïti et les États-Unis vus à travers une série de personnages et d’évènements liés à la lutte pour la liberté

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JOURNAL
REZONÒ NÒDWÈS

Le Développement d’Haïti est Possible : Essai de Philosophie Politique

Par Raphaël Paul Gustave Magloire

Tome I

(Mise à jour le 14 mars 2021)

Chapitre 9 : Les liens historiques entre Haïti et les États-Unis vus à travers une série de personnages et d’évènements liés à la lutte pour la liberté, aux guerres anticoloniales, pour l’indépendance, et contre l’esclavage et le racisme menées dans les deux pays.

I – Le Général François-Dominique Toussaint Louverture (1743-1803)

Le 7 avril 2021 marque le 218ème anniversaire de la mort du Général Toussaint Louverture. Héros de la guerre anticoloniale dans la colonie française de Saint-Domingue et précurseur de l’indépendance de la colonie en devenant Lieutenant-Général et Gouverneur de Saint-Domingue de 1796 à 1802. Sur l’ordre de Toussaint Louverture, l’Assemblée de la Colonie de Saint-Domingue publia la Constitution de 1801 qui le nomma Gouverneur à vie avec le droit de nommer son successeur et donna à la colonie le statut d’un État autonome. Toussaint Louverture fut arrêté pour trahison sous l’ordre du chef de l’expédition française, le Lieutenant-Général Leclerc, commandant de l’armée expéditionnaire envoyée par Napoléon Bonaparte pour renforcer l’autorité de la France dans les colonies et rétablir l’esclavage. Après avoir perdu les principales batailles contre les forces de Leclerc, le 6 mai 1802, Toussaint accepta de capituler et de se retirer sur ses terres dans la zone d’Ennery dans le département de l’Artibonite. Mais le 7 juin 1802, malgré les promesses faites pour obtenir sa reddition, Toussaint Louverture et les membres de sa famille sont arrêtés et déportés en France. Ils sont embarqués sur la frégate la Créole et transbordé sur le Héros au large du Cap-Français à destination de la France, où il arriva au port de la ville de Brest, le 13 août 1802. Général Toussaint Louverture est ensuite conduit sous bonne escorte au Fort de Joux, dans le froid du Jura. Le précurseur de l’indépendance d’Haïti succombe le 7 avril 1803 à une crise d’apoplexie, après avoir subi un régime d’incarcération très dur. Accusé de trahison, Toussaint Louverture n’avait reçu ni les traitements ni obtenu un procès dû à son rang de Général de Division de l’armée française.et de Gouverneur Général de la Colonie de Saint-Domingue. Il décéda à l’âge de 59 ans, et est honoré en tant que membre du panthéon national haïtien et célébré aussi comme un Spartacus noir par la légende populaire haïtienne. Le poète français, Alphonse Lamartine, dira de Toussaint Louverture : « Cet homme fut une nation ! »

Toussaint est né de parents africains esclaves à Saint-Domingue, approximativement, en 1743 sur l’Habitation Bréda au Nord du Cap-Français. Selon la tradition, Toussaint serait de souche royale. Son père Gahou Deguenon serait le fils de Gahou Guinou, Roi ou Chef des Aradas de la Côte-de-l’Or, (actuels Ghana et Bénin). Les Aradas, excellents agriculteurs, firent partie des premières ethnies africaines déportées en esclavage à Saint-Domingue, au XVIIe et XVIIIe siècle.

Le Cap-Français, à l’époque, était la capitale de la colonie de Saint-Domingue. Cette colonie était la plus riche des colonies françaises du XVIIIe siècle et rivalisait en richesse avec les 13 colonies britanniques de l’Amérique du Nord qui après leur indépendance deviendront les Etats-Unis d’Amérique. En fait, avant son indépendance, Saint-Domingue exportait 50% du sucre, et 40% du coton et du café qui étaient vendus sur le marché international. Le tiers du commerce extérieur de la France se réalisait dans les ports de Saint-Domingue. La ville portuaire du Cap-Français était devenue aussi riche et prospère que la ville de New York de la côte Est des Etats-Unis. L’exploitation coloniale française reposait sur un système commercial exclusif (Tout par et pour la Métropole) et l’esclavage des noirs importés de l’Afrique. Le système de l’esclavage était régi par le Code Noir publié par une ordonnance du Roi Louis XIV en 1685. Ce Code Noir est un recueil de lois et de règles auxquelles sont soumis les esclaves noirs des colonies françaises, ainsi que leurs maîtres. Selon ce code, l’esclave était un bien meuble et propriété de son maitre. Ainsi, il devait totale obéissance à son propriétaire qui le faisait travailler du lever du jour au coucher du soleil quel que soit le temps ou la saison, sans aucune forme de paiement. Tout signe de fatigue à ses rudes labeurs était sévèrement puni par le fouet ou par des châtiments corporels terribles inventés par les maitres de la colonie. Le maitre avait le droit de mutiler le corps de l’esclave en lui coupant une main, un bras ou un pied. Ces châtiments étaient prévus par le Code Noir pour punir un esclave, homme ou femme, repris après une tentative d’évasion ou de révolte. Le maitre pouvait lui donner la mort en cas de récidive. En fait, le colon avait très peur d’une révolte d’esclaves. Car, ils étaient très supérieurs en nombre par rapport aux maitres dans la colonie et le danger d’une révolte était toujours imminent. A la veille de la grande révolte des esclaves, en 1791, les maitres étaient de 10 fois inférieurs en nombre par rapport aux esclaves. La colonie avait ainsi une population de 450,000 âmes, d’environ 400,000 esclaves noirs, 40,000 blancs et de 10,000 mulâtres.

La tradition raconte que Toussaint était un esclave de maison et à ce titre son traitement était moins rude que celui des esclaves de plantation. Mais, en réalité, très peu est connu sur l’enfance de Toussaint. Personne, en effet, n’écrivait sur l’enfance d’un esclave. Il est dit que le parrain de Toussaint, Pierre Baptiste, était un noir libre qui vivait sur la plantation Bréda. Il apprit Toussaint à lire et à écrire. Il lui enseigna aussi quelques rudiments de médecine traditionnelle. Enfant, Toussaint était très chétif de corps et de petite taille, et était dénommé fatras-bâton. Pour compenser ses faiblesses, il était devenu très rude avec lui-même. Il s’exerçait à monter à cheval durant des heures et devenait si intrépide comme coursier qu’il était surnommé le centaure de la savane. Il devint cocher et s’occupa des écuries et il était bien traité par son maitre. Grâce à sa connaissance de la médecine traditionnelle et des pratiques médicales apprises au cours des ans, il devint le vétérinaire de la plantation, par le vœu de Bayon de Libertat, le gérant de la plantation de Bréda. Son occupation de cocher et de vétérinaire lui permit aussi de circuler dans la ville du Cap, d’être très au courant de ce qui se passait et de parler aux gens. Après qu’il eut été affranchi de l’esclavage par son maitre à l’âge de 33 ans, Toussaint se procura deux petites plantations de café qu’il fit fructifier avec l’aide d’une dizaine d’esclaves noirs. Alors, il épousa la fille de son parrain, Suzanne Baptiste, en 1782. Il adopta Placide, le fils que Suzanne avait avec un mulâtre avant son mariage. Suzanne lui donna deux autres fils : Isaac et Saint-Jean. Toussaint eut beaucoup de maitresses, noires, mulâtresses et blanches, et de nombreux enfants adultérins.

Dans la correspondance privée de Toussaint en créole et en français, les historiens découvrirent qu’il avait une connaissance plutôt approximative des deux langues. Mais, il s’est toujours fait aider par des secrétaires dans sa correspondance officielle durant sa carrière militaire et politique. A travers ses discours, cependant, on dénote qu’il avait une connaissance de Machiavel et même avait lu Abbé Raynal, un philosophe français qui avait critiqué l’institution affreuse de l’esclavage et qui avait aussi prédit la révolte des esclaves et l’apparition d’un Spartacus noir qui conduirait cette révolte.

L’émergence de Toussaint « de Louverture »

Le patronyme de Louverture ajouté au nom de Toussaint est un titre de noblesse gagné sur les champs de bataille. Il n’est pas clair que Toussaint ait joué un rôle précis dans le soulèvement des esclaves de la Plaine du Nord, en aout 1791. Mais, plusieurs historiens rapportent qu’au début de la révolte Toussaint est allé secourir son bienfaiteur, le Baron de Libertat et sa famille, pour les mener en lieu sûr. Ensuite, il prit le chemin de la montagne pour rejoindre les esclaves révoltés qui s’étaient repliés après avoir mis le feu à des centaines de plantations et tués plusieurs milliers de blancs. Son arrivée a été bien reçue par les chefs de la révolte, car très peu parmi eux savaient lire et écrire. Toussaint amena dans son bagage sa pratique de vétérinaire et de médecine traditionnelle et une assez bonne connaissance en organisation acquise dans la pratique chez son ancien maitre et dans ses propres plantations. Ati Boukman, le chef spirituel qui avait organisé le soulèvement à Bois Cayman dans une cérémonie vodou, avait été tué dans les premiers combats. Sa tête avait été exposée sur un piquet sur une place publique, comme dissuasion pour les révoltés. Les chefs de guerre qui avaient pris la relève, Jean-François et Biassou, n’avaient pas de plan pour les esclaves insurgées et le découragement commençait à s’installer parmi eux. Dès son arrivée Toussaint commença à prodiguer des soins aux blessés et aux malades. Biassou lui offrit de devenir le guérisseur attitré des insurgés, son assistant et son conseiller.

Les insurgés harassaient les planteurs du nord et empêchaient une vie normale de se reprendre. Mais, dans les montagnes les ressources commençaient terriblement à manquer. Toussaint proposa à Jean-François et Biassou de négocier avec les planteurs, qui le moment de surprise passé, s’étaient réorganisés avec l’aide de la milice locale et des troupes de l’armée française venues en renfort afin de donner une réponse aux esclaves révoltés. Toussaint demanda aux planteurs une rencontre de médiation et au nom des esclaves révoltés leur proposa le retour des esclaves sur les plantations, et en retour la réduction de la sévérité du régime esclavagiste et l’amnistie pour tous et la liberté pour les chefs des insurgés. Les planteurs du Nord exigèrent que les esclaves se rendent sans condition. Toussaint les menaça en leur disant que s’ils voulaient la guerre ils allaient l’avoir. Ainsi, les esclaves révoltés quittaient les montagnes après deux années de combat d’usure (ou de guérilla avant la lettre) contre la milice coloniale et finalement traversaient la frontière pour se rendre sur le territoire de l’Est contrôlé par les espagnols en guerre contre les français à partir de 1793. Le commandement espagnol accueillit les esclaves révoltés de Saint-Domingue avec les bras ouverts. Les espagnols leur offrirent des ravitaillements, armes et munitions, et proposaient aux chefs de guerre de leur accorder des titres militaires extravagants pour flatter leur égo, s’ils ralliaient la cause de la couronne d’Espagne. Les bandes d’anciens esclaves de Saint-Domingue acceptèrent d’entrer au service de l’Espagne et prirent l’engagement d’attaquer les villes sous le contrôle des français. Les effets se firent sentir très vite et la domination de la France se réduisait de plus en plus dans la colonie. Plusieurs villes importantes et presque toute la partie septentrionale étaient tombées aux mains des espagnols.

Le génie militaire de Toussaint commençait à se révéler, car il était le principal artisan des succès des bandes de combattants sous les ordres de Biassou affublé du titre de Vice-Roi des colonies avec beaucoup d’apparats pour justifier ce titre. Cependant, les espagnols avaient remarqué le talent de Toussaint, et la vigueur de ses lieutenants, Dessalines et Christophe, qui pratiquaient le métier des armes avec courage et bravoure. Toussaint avait refusé tous les grands titres dont les espagnols voulaient l’affubler. Mais, il leur proposa de monter une force d’élite de 4000 hommes bien équipés et entrainés à l’européenne pour attaquer les lignes de défenses de l’armée française. Du coté des français, ils avaient noté aussi les prouesses des troupes sous les ordres de Toussaint et les « ouvertures » qu’il faisait dans leur défense et cherchaient à le faire revenir dans le camp français. La légende de Toussaint Louverture venait de commencer.

Que se passait-il entretemps en France ?

La France était en ébullition. Les États Généraux, qui étaient convoqués le 5 mai 1789 par le Roi Louis XVI pour discuter des problèmes financiers du royaume, avaient débouché sur une crise qui ébranla la base de l’État féodal et de la monarchie absolue qui ont été construits sur plus d’un millénaire. D’évènements en évènements, les institutions de l’Ancien Régime ont été emportées, les symboles comme la Bastille étaient partis en flammes, et la Première République française avait été proclamée. Le pays était traditionnellement divisé en trois classes sociales : la Noblesse, le Clergé et le Tiers-État. La Noblesse et le Clergé étaient très riches et jouissaient de tous les privilèges. Le Tiers-État représentait la masse des pauvres, la grande majorité de la population qui manquait même de quoi manger. De mauvaises récoltes de blé ont entrainé que le pain était devenu rare et cher dans les marchés. Le gouvernement ne pouvait pas importer le blé principal élément dans la consommation de la population, car les caisses du royaume étaient vidées par les dépenses pour les guerres, le gaspillage dans l’achat des biens de luxe, et la corruption. Le Roi avait besoin du support des États Généraux pour lancer un emprunt public afin de regarnir les caisses de l’État. Mais, des critiques contre les gaspillages encourageaient les députés à ne pas voter sans avoir obtenu des réformes dans la gestion du royaume. Le peuple était sorti dans les rues et revendiquait une amélioration dans ses conditions de vie, et la fin des privilèges accordés à la noblesse et au clergé. Graduellement, le peuple de Paris, la capitale, devenait de plus en plus bruyant et violent. Appuyé par des membres de la petite noblesse, des intellectuels et des prêtes, se réclamant des philosophes du XVIIIe siècle, qui avaient divulgués les idées de justice et d’équité, le peuple exigeait des réformes plus radicales au nom de la liberté de l’égalité et de la fraternité. Ils voulaient un nouvel ordre des choses, un nouveau contrat social. Finalement, les États-Généraux débouchaient sur une Assemblée Constituante dont la mission était d’adopter une constitution donnant plus de droits au peuple. La Constituante vota la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen. Après l’Assemblée on vota une Convention pour mettre en application les nouvelles lois adoptées. Le 21 septembre 1791 la Convention abolit la Royauté et fonda la 1ère République. Le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette furent destitués, jugés et exécutés. Dans la foulée, le français devint citoyen d’une république démocratique où tous les citoyens avaient les mêmes droits. Le 3 février 1794, c’est la proclamation d’abolition de l’esclavage.

La France entra dans un règne de terreur et un nombre important de nobles, de prêtres et même parmi les plus révolutionnaires furent envoyés aussi à la guillotine pour avoir la tête tranchée. La révolution mangeait ses propres fils. Le règne de la terreur causa la mort de dizaines de milliers de personnes. La plupart des pays de l’Europe avaient une monarchie à l’époque. Ils se liguèrent et entrèrent en guerre contre la France révolutionnaire qu’ils accusaient de régicide. Le 18 Brumaire de l’An VIII de la Révolution, (9 novembre 1799) le Général Napoléon Bonaparte prit le pourvoir par un coup d’État pour devenir le Premier Consul de la République Française, et proclama le succès de la révolution.

Les tumultes de la révolution en France eurent leurs échos dans la colonie de Saint-Domingue. La société de la colonie avait une structure sociale rigide, formée de trois classes : les Blancs, les mulâtres et les esclaves. Chacune des classes avait leurs revendications, et avec la révolution dans la métropole, en France, la colonie allait exploser…

Aujourd’hui, nous sommes en train de vivre l’inacceptable

Malgré la situation misérable de la République d’Haïti maintenant, tant sur le plan politique, social et économique, le passé de notre pays et les sacrifices de nos aïeux n’auguraient pas une telle situation. En effet, dans les deux siècles de son histoire officielle, Haïti a été un porte étendard dans la lutte contre le colonialisme, en faveur de la liberté et de l’indépendance des peuples, et dans la lutte contre l’esclavage et le racisme. Dans ce domaine, Haïti a écrit l’une des plus belles pages d’histoire des temps modernes, en 1803, contre les forces expéditionnaires envoyées par Napoléon Bonaparte. Expliquer comment nous sommes tombés là où nous sommes aujourd’hui exigerait en propre la rédaction de tout un livre.

Nous prenons patriotiquement l’opportunité pour nous découvrir devant les policiers qui sont tombés dans l’opération du Village de Dieu, et présentons nos condoléances à leurs familles et à leurs proches pour ces pertes irremplaçables.

Alors, je vous dis à un autre soleil !

A suivre…

Sources et Références :

La Constitution de 1801 : Constitution de Saint-Domingue de 1801 — Wikipédia (wikipedia.org)

Toussaint Louverture : Toussaint Louverture – Wikipedia

Toussaint Louverture (1743-1803) Une biographie : Toussaint Louverture (1743-1803) – Biographie (histoire-pour-tous.fr)

La Révolution française : Révolution française — Wikipédia (wikipedia.org)

LE 16 MARS 2021

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