Fort Picolet - Le Tout Au Pluriel Magazine
juin 13, 2021

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Fort Picolet

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LE TOUT AU PLURIEL MAGAZINE VIA UNE COURTOISIRE DU FORUM PATAJE LAVI.

Le Fort Picolet se trouve dans la commune du Cap-Haytien et longe la côte atlantique. Il est construit entre 1736 et 1741 par deux ingénieurs distincts pendant la colonisation française et est composé de deux batteries superposées, d’un chemin de ronde et d’une muraille abordant l’océan atlantique. Une partie du mur d’enceinte a été détruite pendant l’explosion de la poudrière, le 5 février 1802. Selon les Capois, c’est un endroit à la fois historique, touristique et mystique!

Mais, qu’est-ce qui s’est vraiment passé à Picolet? Quel rôle a joué le Fort Picolet dans la bataille opposant Christope à Leclerc au Cap en février 1802?

En effet, à partir du Fort Picolet, on contrôle les gros bateaux remplis de marchandises qui passent entre la pointe Picolet et les récifs du Grand-Mouton. Entre fin 1801 et début 1802, quelque chose d’impensable se produit à Picolet: le capitaine-général et commandant de l’Arrondissement du Cap, Henry Christophe, a eu le devoir militaire et l’obligation morale d’empêcher la flotte française, menée par Charles Leclerc, de pénétrer dans la rade du Cap en l’absence du gouverneur-général, Toussaint Louverture, qui se trouvait à Santo-Domingo, c’est-à-dire à l’Est.

L’histoire révèle que le but réel de la présence de Leclerc au Cap en ces temps là, est de faire publier, en l’absence de Toussaint Louverture, une proclamation de paix par laquelle l’obligation est faite au gouverneur-général de se soumettre et de faire soumettre les habitants de Saint-Domingue à la France pour le rétablissement de l’esclavage. Mais Leclerc fait face à un obstacle inattendu: Henry Christophe.

En conséquence, pour réagir à temps si la flotte française venait à pénétrer dans la rade du Cap sans son autorisation, Christophe ordonne des dispositions militaires. Mais, le maire de la ville, César Thélémarque, accompagné de fonctionnaires publics et de quelques citoyens, conjure le général Christophe de ne pas résister à la flotte pour éviter que la ville ne soit détruite dans un affrontement militaire de haute gamme.

Pour porter le capitaine-général Henry Christophe à l’obéissance aux ordres de l’empire chrétien esclavagiste français, Thélémarque lui rappelle les termes de la proclamation du 18 décembre 1801 prise par le gouverneur-général. Il lui rappelle aussi sa conduite dans « l’Affaire Moïse » et les dispositions de la Constitution de 1801 en vigueur faisant de Saint-Domingue une colonie française.

En revanche, Christophe répond à Thélémarque en lui rappelant qu’il est militaire, soumis aux seuls ordres du gouverneur-général Toussaint Louverture; que Napoléon Bonaparte devrait faire transmettre la proclamation par un aviso et non par une flotte où l’on voit un pavillon étranger déployé au vent à celui de la France; que la proclamation est sans doute fabriquée à bord des vaisseaux; et que la terre de Saint-Domingue brûlera avant que la flotte ne pénètre dans la rade du Cap!

Il est rapporté que le 3 février 1802, Christophe accepte qu’une délégation composée du maire César Thélémarque, de deux autres membres de la municipalité, du curé Corneille Brelle et du consul des États-Unis, Tobias Lear, se rende à bord du vaisseau amiral pour annoncer à Leclerc d’attendre que Toussaint Louverture soit informé de sa présence avant de pénétrer dans la rade du Cap. Entre-temps, il envoie un officier auprès du gouverneur-général, sur la route de Saint-Jean à Santo-Domingo.

Leclerc reçoit les membres de la délégation et leur explique les bonnes intentions de la France envers Saint-Domingue et envers Toussaint Louverture dont les enfants lui sont renvoyés; il leur raconte qu’il est chargé de donner à Christophe des gages de la bienveillance de Bonaparte, mais prévient qu’il ne peut différer le débarquement de ses troupes par crainte que Christophe n’organise une défense militaire contre la flotte, et qu’en conséquence, il opèrera le débarquement trente minutes après le retour de la délégation sur terre. Il en profite pour envoyer un aide de camp avec la délégation, portant une lettre dans laquelle il menace Christophe d’être responsable de tout ce qui arrivera dans la colonie. Quelle maladresse!

Le 5 février, le capitaine-général et commandant de l’Arrondissement du Cap, Henry Christophe, envoie une lettre responsive à Leclerc depuis le Fort Picolet. Dans la lettre, il annonce à Leclerc les couleurs d’une éventuelle bataille entre l’armée française et celle de Saint-Domingue s’il venait à pénétrer dans la rade du Cap sans être autorisé:

« Au quartier général du Cap, le 14 pluviôse an X.

Henry Christophe, général de brigade, commandant l’arrondissement du Cap,

Au général en chef Leclerc.

Votre aide de camp, général, m’a remis votre lettre de ce jour. J’ai eu l’honneur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la place confiés à mon commandement, qu’au préalable j’aie reçu les ordres du gouverneur Toussaint Louverture, mon chef immédiat, de qui je liens les pouvoirs dont je suis revêtu.

Je veux bien croire que j’ai affaire à des Français, et que vous êtes le chef de l’armée appelée expéditionnaire; mais j’attends les ordres du gouverneur, à qui j’ai dépêché un de mes aides de camp pour lui annoncer votre arrivée et celle de l’armée française; et jusqu’à ce que sa réponse me soit parvenue, je ne puis vous permettre de débarquer. Si vous avez la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général; et si le sort des armes vous est favorable, vous n’entrerez dans la ville du Cap que lorsqu’elle sera réduite en cendres, et même sur ces cendres, je vous combattrai encore.

Vous dites que le gouvernement français a envoyé à Saint-Domingue des forces capables de soumettre des rebelles, si l’on devait y en trouver: c’est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d’après les intentions hostiles que vous manifestez; et c’est nous fournir des argumens pour vous combattre, que de nous parler de rébellion.

Quant aux troupes qui, dites-vous, débarquent en ce moment, je ne les considère que comme des châteaux de cartes que le vent doit renverser.

Comment pouvez-vous me rendre responsable des événemens? Vous n’êtes point mon chef, je ne vous connais point, et par conséquent, je n’ai aucun compte à vous rendre jusqu’à ce que le gouverneur vous ait reconnu.

Pour la perte de votre estime, général, je vous assure que je ne désire pas la mériter au prix que vous y attachez, puisqu’il faudrait agir contre mon devoir pour l’obtenir.

J’ai l’honneur de vous saluer, Henry Christophe. »

Pour études complémentaires, Hayti Manman Libète Fondation vous recommande « Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 5, Beaubrun Ardouin ».

LE 16 MAI 2021

LA RÉDACTION DE LTP !!!
harryespoirmichel@gmail.com telephone 50948438136.

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