octobre 27, 2021

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Massacre Delmas 32: Fenley Cius, natif du quartier, réclame justice pour les familles victimes et exige une enquête sérieuse.

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Dans la soirée du mardi 29 ou mercredi 30 juillet 2021, j’ai été le témoin auriculaire de ce qu’on appelle une tuerie de masse à Delmas 32. Lors de cet acte d’une cruauté sans pareille, des proches et connaissances à moi ont malheureusement laissé leur peau. Face à cet acte odieux, je demande que justice soit rendue aux familles victimes.

Les détonations des armes de guerre cette nuit ne se sont pas amoindries cette fois. Ce n’était pas l’aspect ordinaire d’un groupe de fêtards policiers noyés dans l’alcool et le plaisir, décidant tout bonnement de tirer quelques pétards pour satisfaire leur ego. Cette fois-ci, les retentissements accélérés des tirs ont eu gain de cause sur le sommeil de paisibles citoyens qui se croyaient en plein milieu des affrontements d’Al Qaïda.

Ce mardi 29 juin 2021, aux environs de 11h du soir, des cris aigus oscillaient chaque petite parcelle dans les moindres recoins de certains quartiers de Delmas 32. Mais ce qui m’avait intrigué le plus, c’était la frénésie des usagers d’aller vérifier les cadavres innocents qui gisaient dans leur sang, laissant traîner derrière une insécurité généralisée. Le cas d’une Dame qui habite la zone depuis plus d’une décennie, elle n’avait malheureusement pas vu rentrer son fils de 22 ans.

Cette population de Delmas 32, fière, paisible, et courageuse, a autrefois subi des actes de banditisme, soit dans les années 90. Des hommes de main qui avaient leur repère à la ruelle Jean Baptise dans cette agglomération, à cette époque, menaient des actions criminelles. Qui ne connaissait pas les dénommés Shelo, Ludovick et autres ? Des bandits patentés qui semaient la terreur et le deuil à Delmas 32. Tout jeune, j’avais pu assister au démantèlement spectaculaire de ses mafieux, réalisé par des SWATEAM (Unité Spécialisée de la Police) camouflés d’équipements de couleur noire, qui sont venus et ont magistralement imposé l’autorité de l’Etat.

Durant une semaine, ces policiers ont trouvé une formule pour asseoir la paix et le calme dans cette zone. À l’époque, notre fierté, en tant que riverain et jeunes, était sans égale vis-à-vis de la Police Nationale d’Haïti. Je me souviens que mes amis et moi rêvions de devenir policiers. L’honneur de ces hommes engagés se limitait à leur volonté d’agir au profit d’une population qui voulait vivre dans la paix et la sérénité.

Aujourd’hui, ce quartier devenu un nouveau lieu de massacre, constitue l’un des hauts lieux qui ont retracé le parcours de nombreuses personnalités, sans porter préjudice cette fois sur leur engagement, qui ont élevé l’aspect perceptif de cette zone. J’oserais citer : Gary Bodeau, l’ancien questeur et président à la chambre des Députés ; Roosevelt Saillant dit BIC, chanteur compositeur ; Iléus Papillon, poète et écrivain de renom ; Jean Baptiste Anivince, écrivain et initiateur du festival de la littérature Créole, pour ne citer que ceux-là.

Ajoutée à la longue liste des quartiers populaires de Delmas, l’agglomération de Delmas 32 a toujours été un lieu de paix et de commercialisation. Logeant l’un des plus grands marchés commerciaux de Delmas, ses habitants, néanmoins la qualité d’urbanisation de la zone, ont un niveau académique adapté à l’échelle de la classe moyenne-moyenne. Malgré les problèmes d’électricité, et aussi de ne pas avoir un dispositif sécuritaire fixe (poste de police) et autres, la paix est réelle et les habitants vivent en bon enfant.

La présence d’individus appartenant à des associations de malfaiteurs (gangs) , après les années 90 a débuté dans cette zone sous le règne PHTK, mais a pris beaucoup plus d’ampleur avec l’apparition des organisations criminelles fédérées appelées : G9 Fanmi et Alliés. Certains hommes de main de cette fédération ayant des tentacules à Delmas 6, martissant, village de Dieu et autres localités, cherchant refuge dans des quartiers paisibles, afin d’éviter trop de représailles, font choix de ce coin pour se réfugier silencieusement avant de repartir quand ils se sentent suspectés par les riverains. N’ayant point de services d’intelligence à la hauteur, la population a jugé que la meilleure chose à faire est de rester sur ses gardes et de se taire… Une situation similaire à beaucoup d’autres quartiers populaires de la place face à l’incapacité de la PNH et du ministère de l’intérieur d’assurer la sécurité de la population.

D’après le directeur général de la Police Nationale d’Haïti, Léon Charles, ce massacre aurait été perpétré par l’organisation « Fantom 509 », créée par des policiers en rébellion. Donc, la mort du policier Guerby François aurait occasionné ce drame exceptionnel. A bien vouloir réfléchir, ce serait une réplique, une sorte de démonstration de force pour démontrer à un clan rival quelconque que l’équipe de Guerby est consternée par la mort de ce dernier et peut tout bonnement venger leur confrère… Malheureusement cette agitation insignifiante et cruelle, a causé la mort à 15 personnes, et on cite même l’étrange assassinat de mon très bon ami journaliste Diego Charles et de la militante Antoinette Duclair. Foutaise!!

Il y a une leçon à tirer dans ce labyrinthe : « l’Etat est dysfonctionnel et ne dirige absolument rien ». De ce fait, ce massacre doit susciter une vraie enquête afin de trouver les véritables assassins. Les personnes fusillées à la rue Dessalines à Delmas 32, et les assassins du journaliste de vision 2000 : Diego et de la militante Antoinette Duclaire, d’après moi, ne peuvent faire l’objet d’une même enquête. Le directeur général de la PNH, après ses déclarations médiocres, n’a fait que cracher sur la vie d’honnêtes gens qui ont consenti beaucoup d’efforts dans leur vie.

À présent, 15 familles sont livrées à elles-mêmes. Elles pleurent leurs défunts parents et frères qui ne reviendront plus jamais. Et l’état face à cela, n’a fait aucune proposition. Dans deux conférences de presse, les autorités Léon Charles et Premier Ministre ai Claude Joseph n’ont annoncé que la mort des 15 personnes, et ont, sans preuve, résolu l’enquête en identifiant « FANTON 509 » comme principal responsable. Les familles auront-elles le soutien de l’État ? Drôle de question à se poser puisque les familles des personnes massacrées à la saline, au Bélair, et à cité-soleil, n’ont jamais été prises en charge par l’état, bien au contraire. Delmas 32 est en pleurs, les habitants de cette localité réclament justice !

En mémoire de mes amis et connaissances fusillés lors du drame :

Carvens Geffrard
Ralph Tham
Diego Charles
Antoinette Duclaire

 

Fenley Cius
Citoyen Engagé

LE 2 JUILET 2021

LA RÉDACTION DE LTP !!!
harryespoirmichel@gmail.com telephone 50948438136

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