septembre 24, 2021

Le Tout Au Pluriel Magazine

Nous sommes vos yeux et vos oreilles

SOCIÉTÉ, LA PRESSE: La presse haïtienne entre le marteau et l’enclume

6 min read
Partagez cet article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

le tout au pluriel magazine via

rezonodwes.com

Plus que jamais, la presse haïtienne est à genoux et est en passe d’être désavouée.

Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, les professionnels de la presse haitienne se sont évertués à informer le grand public en marge de certaines prérogatives du métier. Ces journalistes ont relayé des informations, en tout cas, à demi-vraies, sans pouvoir croiser des sources et sans être capables non plus de décanter les informations.

La presse, en Haïti, se trouve actuellement face à un grand dilemme. Celui d’informer à temps et sous réserve. En marge des principes journalistiques, on dirait sacro-saints, des médias s’égaillent. Entre sensation et irréflexion, certains journalistes et organes de presse n’ont pas pu se hisser au-dessus de la mêlée.

Cette incapacité d’informer avec véracité et en toute quiétude découle de l’attitude des autorités. Plusieurs faits attestent cette idée.

Partons de la note vocale attribuée à Martine Moïse, veuve du président assassiné. Plusieurs médias, disons, de référence, ont non seulement relaté l’information, mais n’ont jamais pu démontrer que la voix est authentique, suite aux doutes exprimées par la population. Souffrante à ce moment-là, si on veut faire confiance aux autorités haïtiennes, la voix de Mme Moïse aurait été tremblante, essoufflée, pensent plus d’un.

Finalement, peut-on dire que la voix était fausse ou authentique? Aucune confirmation jusqu’à date. Car, la seule personne capable de dissiper toute forme de doute n’a jamais pris la peine de s’adresser à la presse.

Peu de temps après le drame de Pèlerin, des »analystes » ont insinué ou évoqué une “éventuelle” présence militaire américain sur le sol haïtien. L’information, en un laps de temps, a fait l’effet d’une bombe. L’administration Biden a dû démentir cette allégation, révélant de préférence que son gouvernement n’a fait que renforcer son équipe militaire à l’ambassade américaine en Haïti.

Le troisième fait qui nous intéresse, mais qui n’est pas le moindre, c’est la révélation de l’enquête préliminaire de FBI, relatée par le journal colombien Noticias Caracol. Cet organe de presse colombien a informé que le premier ministre intérimaire Claude Joseph serait lié à l’assassinat du président Moïse. Comme de l’eau froide au visage, la nouvelle a surpris plus d’un et la presse haïtienne en a fait l’écho.

Pourtant, le vendredi 16 juillet 2021, le responsable de la police colombienne Jorge Luis Vargas a révélé le nom de celui qui est, selon les enquêteurs colombiens, le véritable auteur intellectuel du meurtre. Il s’agit de Badio Joseph Félix. Le commandant en chef de la PNH, Léon Charles a publiquement démenti les allégations du journal. Mais, même les plus grands médias haïtiens n’ont pas pu mener une investigation et faire luire la vérité à ce sujet afin de renseigner l’opinion publique nationale.

Le souci premier de la presse, c’est d’informer, et ceci, avec exactitude. Si on se trouve toujours en situation de rectifier ou de susciter des doutes, c’est qu’on n’est pas prêt à informer.

On constante un manque d’informations crédibles dans les médias en Haïti, alors que les dirigeants du pays sont totalement dépassés par les événements. Les rares autorités qui s’adressent à la presse le font par point de presse et toute tentative de questionnement est vouée à l’échec.

La presse haïtienne se trouve donc dans une impasse, si ce n’est une pente dangereuse.

Une presse à genoux

Exercer le journalisme en Haiti n’est pas un long fleuve tranquille. Les embûches sont de taille. Hormis les soucis financiers des organes de presse et des journalistes, la rétention d’information constitue la principale pierre d’achoppement des journalistes. Après l’assassinat de Jovenel de Moïse, les limites de la presse haïtienne sautent aux yeux. On dirait que cet événement représente un doigt qui vient enfoncer la plaie.

Au mois de février, un journal québécois a révélé des informations pertinentes au sujet d’un achat dans la région de Montréal d’une somptueuse villa par un parlementaire haïtien en exercice. Force est de constater, entre les lignes, que ce média a réalisé un travail colossal. Assurément, ses journalistes ont remué ciel et terre pour la cueillette d’informations et la vérification des données à travers des institutions liées à cette transaction. Sinon, ils n’auraient pas eu assez d’informations percutantes.

Certes, entre Canada et Haiti les réalités sont différentes. Mais pourquoi un journaliste haïtien ne peut, sans craindre, penser à réaliser une enquête pareille? Car, sans doute, bon nombre de fonctionnaires d’Etat ou mandataires possèdent des biens ici en Haïti. Partout dans le monde, le journaliste vit de l’information. Inévitablement, il doit trouver des sources disponibles pour lui fournir des informations.

En Haïti, non seulement les institutions sont réticentes à partager les informations aux journalistes, mais aussi, les autorités ne rendent pas accessibles les données. Pire, le journaliste qui ose diligenter une enquête sur les biens et patrimoines des hommes d’Etat ne ferait que signer son arrêt de mort. Est-ce nécessaire de rappeler combien de professionnels de la presse sont partis dans l’exercice de leur fonction pour ne jamais revenir?

Dans le contexte actuel, les journalistes sont en train de boire la mer à grandes gorgées, tel le calice du supplicié qui doit être vidé jusqu’à lie. Les voix officielles ne veulent pas s’entretenir correctement avec la presse haïtienne, mais ces responsables n’ont aucune gêne à se confier aux correspondants de la presse étrangère.

Blancomanie, quand tu nous tiens!

Alors que le public adresse des reproches (justifiés) aux journalistes locaux de ne pas le courant des toutes dernières informations relatives à l’évolution dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse, les autorités préfèrent intervenir dans les médias étrangers. Après quoi, les journalistes haïtiens se retrouvent dans l’impérieuse obligation de relayer ces informations. Sans y aller par quatre chemins, on doit reconnaitre que la presse haïtienne est traitée en parent pauvre, en Cendrillon.

On se demande pourquoi les associations de patrons de médias (ANMH, AMIH, AHML, Renamel, …) et les associations de journalistes (AJH, REJHAFP, SOS Journalistes, …) refusent de bouger le petit doigt pour faire respecter les droits de la presse locale, voire même de boycotter ces autorités.

De toute façon, ces entités, qui n’arrivent même pas à discipliner leur propre secteur et à encadrer les travailleurs de la presse, ne peuvent finalement pas avoir assez d’autorité pour imposer le respect de la corporation par devant les autorités nationales et internationales.

Mais, c’est une toute autre histoire. Nous y reviendrons!

Junior Luc
Secrétaire Général eSOHDDH.
Responsable des Relations Publiques à la Commission Municipale d’Education (CME) à Ganthier;
Formateurjuniorluc116@gmail.com
+509 3639-04-53

LE 23 JUILLET 2021

LA RÉDACTION DE LTP !!!
harryespoirmichel@gmail.com telephone 50948438136

LE TOUT AU PLURIEL MAGAZINE NOUS SOMMES VOS YEUX ET VOS OREILLES…