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HAÏTI ÉDUCATIONQuel système éducatif pour Haïti ?

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Écrit par JEAN GARDY FORGE
Enseignant/comptable Licencié/Spécialiste en gestion de projet/Journaliste/Analyste Politique.

Cette publication pourra nous donner une petite idée. Donc bonne lecture à tous!

Jonh Dewey est née à Burlington dans l’État du Vermont, région du New-England aux USA. Après des études supérieures dans une université locale, il enseigne la philosophie dans plusieurs institutions, parmi elles la très prestigieuse Université de Columbia à New York, la plus vieille école supérieure américaine, fondée en 1754, avant même l’existence des United States dans leur configuration actuelle.

Très rapidement, les méthodes d’enseignement de Dewey font mouche, en cela qu’elles donnent une part importante à la pratique, ce qu’il nomme « Experience ». Déjà à l’époque où il n’enseigne que la philosophie, il insiste sur le fait qu’elle ne doit pas être considérée comme une simple abstraction éloignée des réalités des citoyens. Pour lui, la philosophie doit justement se pratiquer uniquement dans le cadre où les réflexions et conclusions qu’on y tire peuvent servir dans les faits à améliorer les conditions de vie des populations. Sinon, elle ne sert à rien.
En 1916, il publie son livre « Democracy and Education », et parcourt le monde pour tenir des conférences et y présenter son modèle. Il visite notamment la Chine dans les années 1920. La Chine, qui vient de passer du régime féodal au régime républicain depuis le 1er janvier 1912 avec Sun Yat- Sen, est fiévreusement à la recherche de la solution miracle de développement rapide. Là-bas, Dewey y expose sa théorie à lui: le pragmatisme
Le pragmatisme n’est rien d’autre que cette doctrine qui veut qu’on s’assure d’abord de l’utilité publique de ce qu’on enseigne avant de l’enseigner. Cette façon de voir les choses a tellement d’importance qu’en Allemagne, certains auteurs considèrent de simples erreurs de traduction comme un désastre, débouchant sur une fausse interprétation et donc une mauvaise application de la vision de John Dewey.

En effet, pour la petite histoire, le livre « Democracy and Education » parait en Allemagne en 1930, peu avant l’ascension du parti nazi de Adolf Hitler. Pendant que Dewey considère la communauté comme un jeu social où chaque membre participe de par ses talents à son épanouissement, l’Allemagne quand à elle, en raison de simples tournures syntaxiques non traductibles et mal interprétées, et aussi, à cause de l’abrutissement mental dont elle est victime à cette époque par le régime du NSDAP, comprend la communauté plutôt comme un système de dominants vs. dominés.

Cette vision brutale se répercute rapidement dans le domaine de l’éducation, quand on voit que par la suite, le pays renforce son système scolaire hérité du Royaume Prusse, à trois branches : la Realschule, la Hauptschule, et le Gymnasium. Ce qui veut dire qu’à partir de la classe 4 (l´équivalent du CE2), les élèves sont séparés indépendamment de leur volonté et placés dans la catégorie qui selon l’État, répond à leurs aptitudes. Pour Dewey, ce modèle est contraire à l’éthique sociale. Il est vrai qu’il permet à chacun de se perfectionner dans son domaine favori, mais il est l’expression même de la froideur allemande.

Parce que dès l’enfance, on se met à discriminer en faisant une distinction entre les élèves forts, et les idiots et en les dispersant. Dans un système uniforme, les élèves intelligents peuvent aider les faibles à s’améliorer, et on a des chances d´atteindre donc un niveau de développement encore meilleur. Mais dans un modèle comme celui de la RFA, le côté humain de la chose disparait. Le coté démocratique selon Dewey aussi, puisque l’élève ne peut pas décider lui même de la voie académique qu’il veut suivre. Ce modèle n’est donc pas adapté aux besoins de développement des pays qui l’appliquent.

Cette conclusion peut surprendre quand on voit le niveau d’industrialisation très élevé du pays. Mais en y regardant de près, on découvre bouche bée qu’effectivement, l’Allemagne affiche souvent de très mauvais résultats dans le ranking international. C’est ainsi que dans le programme PISA (Program for International Student Assesment) élaboré en 2000 et qui mène une étude comparative des différents niveaux d’excellence tous les ans, vous ne trouverez jamais l’Allemagne parmi les 10 premiers.
Le vieillissement de la population n’est alors pas le seul critère qui pousse l´Etat à accepter de plus en plus d´Etrangers, mais la formation pas toujours appropriée conduit à ce qu’une partie des autochtones ne soit pas assez qualifiée, d’où le recours à la main d’œuvre externe pour se maintenir au niveau des autres grandes puissances.

Les États- Unis, dont est issu Dewey lui-même, se sont éloignés de sa pure philosophie du concret, comme le montre le dernier rapport PISA de 2019, où les USA ne figurent même pas dans le top 20!! Battus à plate couture par… la Chine, qui s’est audacieusement arrogé la première place. Dans l’édition du 2 juin 2019 du journal Français « Le Nouvel Observateur », la rédactrice Véronique Radier décrit l’atmosphère d’indignation qui règne dans le pays devant le choc de savoir qu’on n’est pas les premiers au monde en matière d’éducation. Les USA comptent donc à partir de ce moment, réduire les disciplines farfelues et se concentrer davantage sur les matières qui servent au développement réel. Cette réforme lancée sous le haut patronat de Barack Obama dans le cadre de ce qu’il appellait « Common Core »

On peut donc oser conclure que même certains des pays les plus développés aujourd’hui souffrent d’un système de moins en moins propice à leurs besoins et au vécu quotidien. C’est à titre préventif à cette situation que John Dewey avait développé son célèbre concept de « Learning By Doing » ( Apprendre par l’expérimentation). Non seulement l’enseignement doit répondre aux besoins de développement, mais surtout, l’apprenant doit pouvoir découvrir et déterminer lui-même le domaine où il est doué. Selon Dewey, une étude pilotée à distance par quelqu’un d’autre ne procure pas le bonheur, et est même assimilable à de la dictature académique.

Il va plus loin en disant que la conséquence de l’éducation et du travail ne doit pas seulement être le profit et l’industrialisation, mais aussi le bonheur de travailler. Il faut humaniser l’apprentissage. Le professeur ne doit pas être celui-là qui sait tout et qui dicte des ordres à son élève, mais avant tout un partenaire de recherche, dans le cadre de sa devise : « l’essence de l’éducation, c’est l’expérience ». Il termine en martelant : » Ce qu’on a appris doit être applicable »

Surtout, John Dewey ne s’arrête pas sur des mots. Joignant l’acte à la parole, il créé lui même le 13 janvier 1896 à Chicago, la University Primary School, qui deviendra la Laboratory School. Il s’agit à l’origine d’un petit appartement modeste, situé à la 57th Avenue, numéro 369, non loin de l’Université de Chicago, dont l’école est rattachée au département de pédagogie. Au départ 12 élèves fréquentent l’établissement., dont John Dewey le directeur, n’a que 37 ans. Il s’agissait d’en faire à tous les niveaux, le centre Number One des USA comme nous l’apprenons du chercheur Allemand Michael Knoll dans le numéro 67 du magazine *pädagogische Rundschau » de l’an 2013, Knoll ajoute que Dewey dans sa démarche, s’appuie sur cette formidable citation de William Rainey Harper, autre professeur de la University of Chicago très apprécié :  » La recherche est primordiale, l’étude secondaire »

C’est dans cette enceinte que le réformiste va tester ses méthodes d’enseignement, se contentant de véhiculer aux élèves le strict minimum nécessaire à leur épanouissement, sans les submerger de flux d’informations abstraites et inutilisables dans l’immédiat. De plus, les élèves apprennent le raisonnement pragmatique, qui se distingue du parler pour ne rien dire. L’école gagne en renommée mondiale et se fait estampiller « plus grande maquette de reforme du monde »

L’essai durera en tout 8 ans, entre 1896 et 1904, et rencontrera un vif succès, du moins en tant qu’essai. La controverse suscitée par la stratégie pédagogique jugée radicale finira par stopper le projet dans sa forme voulue, au profit du modèle scolaire qui subsiste aujourd’hui dans le pays.

Cependant l’empreinte de Dewey restera indélébile et de nombreux éléments de sa théorie seront repris pour façonner le progrès industriel des États-Unis qu’on leur connait en ce siècle. Ce n´est donc pas un hasard si le magazine allemand « Zeitschrift fur Pädagogik » dans son numéro 43 d’octobre 1997 le décrit comme « le plus influent pédagogue américain du 20eme siècle »

Celui qui a véritablement su se servir de cet enseignement, c’est le Chinois Deng Xiaoping, dirigeant de l’Empire du Milieu entre 1978 et 1992, après la mort de Mao (officieusement jusqu’à sa mort en 1997). Coïncidence intéressante, Deng Xiaoping est né en 1904, date où l’école expérimentale de Dewey dut fermer ses portes. Comme un symbole, grâce à Deng, l’homme qui fit d’elle une grande puissance, la Chine est précisément le pays qui, l’année dernière, a supplanté le monde entier en s’accaparant la première place dans le classement PISA, arborant ainsi le costume de meilleur système éducatif de la planète en 2014, à la grande consternation des Etasuniens.

Bien qu’il soit impossible de mettre sur pied dans la durée, un système scolaire sous la forme crue d’expérimentation voulue par Dewey où il renonçait même à l’utilisation de livres, nous convenons avec Sénèque le philosophe, qu’il faut apprendre non pas pour l’école, mais pour la vie.

Pour nous les Haïtiens, le projet d’Ecole Haïtiene se présente comme une nécessité absolue. Nous avons identifié le même type de problème que le pédagogue Américain, et donc la solution n’est pas non plus très éloignée de la sienne. Nous ne renoncerons pas aux livres et aux poèmes, mais nous voulons construire nous mêmes nos hôpitaux, nos routes, nos trains et nos voitures. Alors la réforme en Haïti entend elle aussi mettre l’accent sur la maitrise des éléments scientifiques nécessaires à l’amélioration par la technologie et l´esperimentation, du bien-être de nos sociétés, aussi bien sur le champ alimentaire, financier, industriel et architectural, que dans les sciences de l’esprit comme la politique, la sociologie ou même la religion.

Il s’agit donc, comme dans un système de tri, de reprendre et copier ce qui est utile à nos fins dans la Dewey-conception du pragmatisme, et de laisser ce qui ne nous convient pas, ou qui a abouti à un échec. La décadence de l’Occident dont l’effondrement tout proche a déjà commencé sous nos yeux de par sa très forte dépendance aux ressources (humaines et matérielles) extérieures, est la preuve irréfutable que la ligne de départ de la course avait déjà été faussée, et que leur développement, si impressionnant soit-il, s’est appuyé sur des données de très mauvaise facture. La chance que nous avons, c’est de pouvoir apprendre des erreurs des autres, et d’amorcer notre développement à nous sur cette base où il suffit de faire ce que l’autre n’a pas fait et vice-versa, pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes conséquences.

En clair, au lieu de demander à un enfant: « Trouvez un verbe au subjonctif passé dans cette phrase de Voltaire » ou de dire dans quelle ville se trouve la chute du Niagara , assurons-nous qu´il sait déjà où passer pour aller dans le departement du nord ou de savoir ou se trouve les 500 marches.

Still,
Poupouch Pouchon, Youn nan nou.

Écrit par
Jean Gardy Forge

Enseignant/comptable Licencié/Spécialiste en gestion de projets/Journaliste/Analyste Politique.
Je ss des Cayes

LE 4 OCTOBRE 2021

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